Previous Page  11 / 129 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 11 / 129 Next Page
Page Background

I

10

I

L’Académie de Marseille n’a pas choisi l’habit vert

des Membres de l’Institut, qui d’ailleurs est noir,

cette couleur symbolique parant les seuls lauriers

rehaussés de fils d’or, dont il est brodé. L’habit de

cérémonie que revêtent nos académiciens à l’oc-

casion des installations solennelles des nouveaux

élus et de la distribution des prix en fin d’année,

est un habit noir civil dépourvu de broderies.

Point d’épée, de bicorne, ni de gants imposés par

l’étiquette royale chez nos républicains du Midi,

qui siègent désormais nu-tête. Ce noir élégant,

mis en valeur par le nœud papillon et le gilet de

piqué blancs (malgré l’arrivée récente d’un gilet

broché gris-perle, assorti à la cravate) que portent

une trentaine de nos notables marseillais, est

rehaussé par l’éclat des simarres plissées des

universitaires, jonquille (pour les lettres), ama-

rantes (pour les sciences), écarlates (pour le droit)

ou cramoisies (pour la médecine), égayées par

les jabots de dentelle réservés aux seuls prési-

dents d’université, alors que le titre des autres

porteurs de toge se marque d’un simple rabat

plissé. Tous rejettent avec élégance sur l’épaule

gauche, l’épitoge barrée de fourrure d’hermine

ou de lapin blanc, à trois rangs s’ils sont docteurs.

Bien entendu, toutes les décorations, avec rubans,

croix et médailles, sont de mise. Quelques uni-

formes militaires, la sombre robe pastorale à la

rigueur luthérienne et son rabat, que l’épitoge du

docteur en théologie pourrait orner, une soutane

épiscopale violette, diversifient cette assemblée

très masculine.

Les académiciennes, peu nombreuses (l’élection

de Madeleine Villard dans notre Compagnie avait

toutefois précédé celle de Marguerite Yourcenar

sous la Coupole) se présentaient en tailleurs ou

robes de jour d’une grande sobriété, à l’exception

de Marcelle Chirac, dans sa toge jonquille.

J’ai proposé à mes consœurs, peu après mon

installation au fauteuil 37, en 2006 –écartant le

choix du pantalon devant tant de robes mascu-

lines– d’imaginer une tenue plus conforme à ces

rites académiques, longue, facile à revêtir sur

nos vêtements habituels, et surtout privée des

si nombreux boutons de nos confrères qui en

comptent douze à seize. Inspirée par les man-

teaux de cérémonie drapés que Paul Poiret avait

créés au début du XX

e

siècle, elle ne nécessite

aucun essayage, la hauteur étant la seule mesure

utile, avant qu’elle soit coupée dans cette pré-

cieuse étoffe dont la pérennité est assurée par

les artisans de Venise, protégés par leur brevet.

En effet, depuis plus d’un siècle, les légers

velours de soie couleur de lagune inventés par

Mariano Fortuny

(1)

pour ses élégantes amies

sont toujours imprimés à l’ancienne des mêmes

ornementations striées d’or terni chères à Mar-

cel Proust, qui en revêtit Albertine. Le couturier,

photographe, peintre et scénographe génial

dessinait ces robes intemporelles d’après les

costumes damassés et les caftans de brocart

des figures orientales de Carpaccio qu’il retrou-

vait à l’

Academia

, proche de son palais gothique

Pesaro Orfei

. Un velours noir profond à reflets

gris-cendre, dont les arabesques métallisées

dévoilent les phénix,

«ces oiseaux qui signifient

alternativement la mort et la vie»

, emblèmes

du renouveau de notre Académie après 1793,

recueillit l’unanimité. Ainsi vêtues, les académi-

ciennes firent leur révolution tranquille quand

Madeleine Villard

F4

, Eliane Richard

F27

, Elisabeth

Mognetti

F3

, Danièle Giraudy

F37

, inaugurèrent

sereinement leur nouvelle tenue en 2007, bien-

tôt rejointes par Jacqueline Duchêne

F30

et Cathe-

rine Grolière

F10

.

LA TENUE

DES ACADÉMICIENS…

ET DES ACADÉMICIENNES

ENTREZ À L’ACADÉMIE…

Marseille

NOTE

[1]

Mariano Fortuny (1871-1949) est cité à plusieurs reprises par Marcel Proust dans

A la Recherche du Temps perdu

, notamment Tome III,

369, 395 (cf. Index, p.1210), Ed. de la Pléiade,1954. Voir également Gérard Macé,

Le Manteau de Fortuny

, Le Bruit du Temps, 2014.

PAR

DANIÈLE GIRAUDY