n°246 - Marseille et la grande guerre
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ENTRE JOURS DIFFICILES

ET VIE DE PLAISIR

Le quotidien des Marseillais n’est cependant pas

reluisant. En moyenne, les prix ont été multipliés

par quatre de 1914 à 1918 et la guerre sous-marine

allemande perturbe le commerce. Pour les classes

populaires, le charbon et la viande sont devenus

inabordables. Le Maire, un libéral convaincu, refuse

d’intervenir et préfère laisser le marché s’autorégu-

ler… aux dépens des plus faibles. Il crée bien des

jardins ouvriers et ensemence les terrains vagues

de pommes de terre, mais cela ne va pas très loin.

Si bien que le Préfet se substitue à lui, impose un

plafonnement des prix, achète en gros de la viande

congelée et crée des «boucheries administratives»

où l’on vend moins cher. Finalement convaincu, le

Maire Eugène Pierre en vient à créer des laiteries

et des épiceries municipales en 1918. Cette ques-

tion de la cherté de la vie est un des éléments

qui poussent les ouvriers et surtout les ouvrières

marseillaises à se mettre en grève, en juin 1917,

pour exiger 1 F d’augmentation sur le salaire quo-

tidien. Avec le litre de lait à 0,80 F, la situation des

ouvrières qui gagnaient 3 à 4 F par jour n’était en

effet pas reluisante. Grâce à l’entremise du Préfet

Schrameck, le mouvement social prendra fin avec

un compromis de 50 centimes d’augmentation.

En dépit de ces jours difficiles, Marseille est souvent

vue –de loin– comme une cité des plaisirs. Il est vrai

qu’elle est constamment traversée par des permis-

sionnaires, en attente d’une correspondance, et que

ces derniers fréquentent assidûment les bars. Et

puis, il y a les filles du quartier réservé, 7 000 pros-

tituées environ, un effectif dopé par la misère des

réfugiées comme par la demande pressante des

ouvriers et des militaires. Pour les moralistes, la cité

phocéenne est un lupanar à ciel ouvert, une ville où

l’on ne s’en fait pas, loin du front et donc du cœur,

qui oublie la guerre. Si les cafés, les théâtres et

tous les lieux de spectacle ont rouvert leurs portes

depuis 1915 et ne désemplissent pas, ce phéno-

mène est observable dans toutes les grandes villes

du pays, à commencer par les grands boulevards

parisiens. Non seulement les œuvres patriotiques

règnent aux Variétés, à l’Alcazar, au Châtelet ou au

Grand Théâtre, mais les séances commencent et

finissent par les hymnes des Alliés, et l’assistance

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ARRIVÉE DES TROUPES RUSSES LE 21 AVRIL 1916 À MARSEILLE. LE DÉFILÉ PASSE DEVANT LA PRÉFECTURE.

© COLLECTION ECHINARD