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LA RUE NOAILLES EN 1915.

ILLUSTRATION DE PIERRE GATIER (1878-1944) POUR LA SÉRIE

«LA VIE MARSEILLAISE EN 1915»

.

© MUSÉE D’HISTOIRE DE MARSEILLE

7 août, pour s’embarquer pour le front. M. Négrel,

directeur de l’école des garçons de la Joliette,

raconte cette folle journée :

«On offrait aux soldats

des fleurs, du tabac, des cigares, des cigarettes, de

la bière, du vin, etc. C’était à qui se montrait le plus

empressé auprès de ceux qui partaient pour aller

défendre le sol sacré de la patrie.»

Les hommes

partis, la ville est étonnamment calme et silen-

cieuse : le trafic est extrêmement réduit depuis

le départ de 85% des conducteurs de tramways,

les militaires ont réquisitionné les navires des dif-

férentes compagnies et seules les liaisons avec la

Corse sont encore assurées. La nuit, les lumières

sont proscrites, et même les phares sont éteints

pour ne pas indiquer la position de la cité à quelque

zeppelin ou bâtiment ennemi.

Mais, l’annonce de la guerre se traduit aussi par

des réflexes anciens comme celui de se ruer dans

les épiceries pour y faire des provisions. Il s’ensuit

des ruptures de stocks mais aussi une envolée des

prix, suite à la spéculation de quelques commer-

çants indélicats. De même, on fait la queue devant

les banques pour y retirer de l’or en échange du

papier-monnaie dans lequel la confiance s’érode.

La monnaie de billion se dissimule et il devient

difficile de régler ses petits achats puisque plus

personne n’a de pièces : il n’est pas rare que l’on

paie son café avec des timbres postes. Si bien

que la Chambre de Commerce réagit en éditant

300 000 coupures à 20 centimes, avant de frapper

un million de pièces en aluminium d’une valeur

faciale de 10 et 15 centimes.

UNE VILLE DU REFUGE ET DU TRANSIT

Si les drapeaux tricolores se sont multipliés aux

fenêtres, donnant un air de 14-Juillet permanent,

les manifestations patriotiques sont rares dans

les premiers mois car toute la population retient

son souffle. Curieusement, elles sont surtout le

fait de la communauté italienne, qui veut prouver

son amour pour le pays qui lui a donné un toit et

du pain. C’est que Marseille est une ville italienne,

avec près de 110 000 Transalpins sur une popula-

tion de 550 000 habitants au recensement de 1911.

Dès le 2 août 1914, des personnalités italiennes

ont annoncé la formation d’un corps de volontaires