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NUL N’ÉCHAPPE À LA GUERRE

L’éloignement géographique ne fait plus rien à

l’affaire : les fronts sont désormais intérieurs, la

guerre est partout et l’on est partout en guerre.

Enfin, Marseille, premier port du pays, occupe une

place fondamentale en tant que porte d’entrée pour

les troupes et la main-d’œuvre coloniales, mais elle

est aussi la porte de sortie pour l’armée d’Orient

qui s’en va porter la guerre dans les Balkans. Cité

refuge, cité cosmopolite qui se transforme en une

véritable tour de Babel, elle est parfois décriée

comme une cité des plaisirs où l’on oublierait la

tragédie qui se joue dans le nord du pays. Rien n’est

plus faux.

Le 1

er

août, lorsque l’affiche annonçant la mobi-

lisation est placardée sur les murs de la cité, la

consternation saisit les Marseillais. Les rapports

des instituteurs

(1)

–le ministre de l’Instruction

publique leur a demandé de noter les réactions de

la population– évoquent les larmes des femmes,

la gravité des hommes et bientôt leur résolution.

Cette résolution se transforme en enthousiasme

quand le 141

e

régiment remonte la Canebière, le

MARSEILLE ET LA GRANDE GUERRE

MARSEILLE

ET LA GRANDE GUERRE

PAR

JEAN-YVES LE NAOUR

Historien

Une ville loin du front et donc de la guerre ? Si Marseille n’a évidemment

pas vécu le drame de Verdun, de Reims ou d’Arras, écrasées sous les

bombardements, la cité phocéenne se pare, quatre années durant, des

couleurs de la mobilisation nationale. C’est que cette Grande Guerre est

une guerre totale, qui exige la mobilisation de toutes les forces du pays, des

hommes à l’avant comme des femmes à l’arrière, des ressources matérielles,

financières, psychologiques.

AFFICHE DE L’ORDRE DE MOBILISATION GÉNÉRALE POUR LE 2 AOÛT 1914.

© D. R.

NOTES

[1]

Louis Bertrand, «Marseille pendant la guerre»,

Revue des Deux-Mondes

, 15 juillet 1917, p. 277-305.

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