n°246 - Marseille et la grande guerre
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est très largement peuplée de militaires. Il semble

à la fois que les Français veuillent oublier la guerre

en se divertissant quelques instants, et qu’il soit

impossible de la fuir complètement. Même dans

une salle de spectacle. En réalité, cette dénoncia-

tion d’un Marseille joyeux et égoïste prospère sur

le préjugé anti-méridional réactivé par l’affaire du

XV

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corps. Les soldats marseillais ne veulent pas

se battre, sont des lâches, et les civils font la fête

en se souciant du front comme d’une guigne. Que

les familles des mobilisés se moquent de ce qui

pouvait leur advenir n’est pourtant pas très crédible.

UNE VILLE SOLIDAIRE

Sachant bien que cette image négative colle à la

ville, comme un péché géographique, Marseille

réagit et entreprend de prouver son patriotisme en

créant, en février 1915, le comité de «la Provence

pour le Nord» qui vise à rassembler des fonds

pour ensuite venir en aide aux régions dévastées.

La Ville reprend cette proposition à son compte

et, en octobre 1918, adopte Arras, sur le modèle

des marraines de guerre, et lui verse la somme

de 900 000 F. Ce faisant, elle donne un exemple

qui s’étend bientôt massivement à toutes les villes

de l’intérieur, épargnées, qui veulent à leur tour

adopter une ville éprouvée, dans un grand mou-

vement de solidarité. Les polémistes pouvaient

critiquer Marseille et affirmer qu’elle n’était pas

tout à fait en France, elle leur avait répondu par un

geste fraternel.

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LES CANONS ALLEMANDS, PLACÉS DEVANT LE MONUMENT DES MOBILES, SYMBOLE DE LA VICTOIRE FRANÇAISE EN CHAMPAGNE, 29 SEPTEMBRE 1915.

LES RUSSES À MARSEILLE.

© COLLECTION ECHINARD

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