n°244 - Ils ont peint à Marseille
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Pourrait-on voir alors un atelier de peintres itiné-

rant comme le suggérait déjà Alix Barbet pour les

mosaïstes, venu d’Italie et diffusant le II

e

style pom-

péien en Narbonnaise ?

LA PEINTURE ROMAINE À GRANDS

PANNEAUX MONOCHROMES

AUX I

er

– II

e

SIÈCLE AP. J.-C.

Les grandes

domus

urbaines des I

er

et II

e

siècles ap.

J.-C., avec cour, puits, bassins,

impluvium

, sols en

opus signinum

ou mosaïqués, semblent recevoir un

décor de grands panneaux monochromes. Le style

est sobre et purement ornemental. Par exemple,

l’une des pièces de la maison de l’îlot 55 (dir. M. Mo-

liner et L.-F. Gantès, 1987) avait conservé, à la base

de ses murs, les plinthes et le départ de grands

panneaux rouges compartimentés par des bandes

noires

(Fig. 5)

.

Dans la

domus

fastueuse de la rue François-Mois-

son (dir. B. Sillano, 2005) avec probablement un

atrium

et des boutiques, était mis au jour sur le

beau sol mosaïqué, un niveau d’effondrement

d’enduits peints datés de la fin du I

er

siècle ap.

J.-C. et d’

imbrices

peints en bleu et rouge

(Fig. 6)

.

Cet enduit pourrait aussi appartenir au registre des

grands panneaux bleus et bordeaux séparés par des

bandes noires.

Plus élaborés, les fragments de champs rouge et

vert foncé séparés par un filet blanc et des éléments

verticaux végétalisés, dont un iris jaune

(Fig. 7)

,

furent retrouvés dans le petit édifice romain du Parc

des Phocéens. L’espace meublé d’une banquette

latérale, d’une base maçonnée évoquant un sup-

port d’autel, d’un grand foyer au sol et d’un caniveau

pourrait encore être interprété comme une salle

de banquet.

L’exemple conservant les décors les plus délicats

était celui de l’îlot 9 (dir. Philippe Mellinand, 2008).

Une petite figure volante danse sur un beau fond

jaune scintillant. Un drapé enveloppe sa nudité évo-

quant un personnage mythologique, peut-être une

ménade qui n’est pas sans rappeler les panneaux

de la maison au Nord de la Cathédrale de Vaison-

la-Romaine inspirés d’après A. Barbet du III

e

style

pompéien. Une colonne rouge, soigneusement po-

lie, divisant le fond jaune, est ornée d’un couple de

tourterelles aux ailes déployées dans un médaillon

à perles et pirouettes que l’on peut observer aussi

à Saintes «Ma maison», 40 - 45 ap. J.-C. et à la Villa

de Plassac, 40 - 60 ap. J.-C. De petits éléments or-

nementaux, comme le thyrse, le vase, agrémentent

aussi ces parois

(Fig. 8)

.

Dans un style purement ornemental, mais d’une da-

tation postérieure (II

e

s. ap. J.-C.), le décor de la

do-

mus

du Bon-Jésus (fouille Patrick Reynaud, 1993),

malheureusement incomplet, mis au jour au fond du

puits de la cour centrale, présente de belles touffes

de feuillage verdoyant, évoquant des roseaux, avec

trois boutons de fleurs colorés

(Fig. 9)

. D’autres frag-

ments de cet ensemble sur un fond bleu pâle, pré-

sentent un motif laissé à l’imagination de chacun…

(Fig. 10)

. Ces enduits pourraient d’ailleurs provenir

d’une alcôve ou d’une niche située dans un espace

humide : ils sont incurvés et leur mortier est réalisé à

base de chaux et tuile ou brique pilée leur conférant

une certaine étanchéité.

LA PRODUCTION DU III

e

SIÈCLE AP. J.-C.

Enfin, le décor complexe de la riche maison du

9 rue J.-F. Leca (dir. Frédéric Conche, 1995), sur

le versant nord de la butte des Moulins, daté de

la première moitié du III

e

siècle ap. J.-C., présente

sur un fond blanc, peut-être au niveau d’une voûte,

«des guirlandes scandées par des médaillons figu-

rés, avec deux visages, des arcs de cercle avec

fleuron ocre jaune garni de points et bifols et une

perdrix rouge grandeur nature»

présentée au Mu-

sée d’Histoire de Marseille. Raymond et Maryse

Sabrié qui ont étudié et reconstitué ces décors, les

rapprochent de peintures de la première moitié du

III

e

siècle à Rome

(Fig. 11)

.

LES TECHNIQUES PICTURALES

L’enduit, de terre ou de chaux, est préparé pour

recevoir la couche picturale. Les pigments sont tou-

jours appliqués sur une couche de finition, l’

intona-

co

, parfois réalisée à partir d’une terre épurée, mais

le plus souvent à base de chaux.

Le pigment bleu égyptien du site du Collège Vieux-

Port a été appliqué sur la couche de finition à base de

terre déjà sèche

(a secco)

ou réhumidifiée

(a fresco

secco)

, d’où sa mauvaise adhérence. Seul le décor

d’oves était appliqué sur une couche de chaux.

Pour les enduits à la chaux, les pigments sont ap-

pliqués selon la technique de la fresque sur une

couche de finition encore fraîche à base de chaux.

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08

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