n°244 - Ils ont peint à Marseille
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les points forts de l’élévation colorée de la «triade

archaïque» : bleu, rouge et blanc. Les exemples de

salles de banquet peintes sont rares. Citons le cas

de la maison du Mont Iato en Sicile, 500 - 480/470

av. J.-C., simplement peinte en rouge (information

Henry Tréziny).

Par ailleurs, la relecture récente des enduits de terre

collectés dans le petit édifice hellénistique implanté

sur un espace archaïque à vocation cultuelle du parc

des Phocéens (dir. Lucien-François Gantès, Manuel

Moliner, 1985) révéla un nouveau décor de bande

peinte en bleu égyptien sur un fond blanc. Cette

peinture provient de la petite pièce ornée d’une ins-

cription

XAIPE

«réjouis-toi» insérée dans un sol en

opus signinum

encore interprétée par les fouilleurs

comme un

andrôn

. Ce pigment, importé à cette

époque d’Egypte ou de Grèce, est rare. Apanage

d’uneélite, sa présence incite toujours à attribuer une

vocation exceptionnelle à l’espace de découverte.

Ce n’est qu’à la période hellénistique que le bleu

gagne l’habitat. De petits fragments d’enduit de

terre ont été trouvés dans les maisons des chan-

tiers du Tunnel Major (dir. Odile Maufras, 2000) et

de l’Esplanade Major (dir. Françoise Paone, 2008)

où le pigment bleu est parfois étalé sur une couche

noire pour imiter le lapis-lazuli. A cette époque, le

quartier prend un caractère résidentiel.

Ce pigment réapparaît plus tard à l’époque romaine,

à présent reconnu sur des fragments mieux conser-

vés d’enduits à la chaux de plusieurs chantiers,

employé pour peindre le fond de grands panneaux

trouvés dans toute la Gaule au I

er

et II

e

siècles. Toute-

fois, il n’est plus utilisé pur mais mélangé à une terre

verte donnant une teinte rappelant la malachite ou

encore étalé sur une préparation grise pour obtenir

un bleu pâle. Il a perdu son éclat et sa prépondé-

rance, fondu dans une gamme variée de couleurs.

UN DÉCOR SIMPLE MAIS SOIGNÉ :

UN FOND BLANC À FILET ROUGE

À LA FIN DU I

er

SIÈCLE AV. J.-C.

La simplicité décrite par Strabon transparaît dans

la peinture pariétale de plusieurs espaces domes-

tiques de la fin du I

er

siècle av. J.-C. où le fond mono-

chrome blanc est rythmé de filets et bandes rouges

ou noirs. Ce décor est-il dans la lignée du style ar-

chitectural ou structural grec observé dans les mai-

sons hellénistiques de Pella, Amphipolis ou Délos

qui reproduit les grands blocs taillés dans la pierre

des édifices publics ? Appartient-il plutôt au second

style schématique reconnu par Alix Barbet dans un

premier état de la maison aux deux alcôves à Gla-

num ou à Ensérune où des hampes à volutes sché-

matiques et filets rouges ou noirs compartimentent

le fond blanc ?

La petitesse des fragments rend souvent difficile le

rattachement à l’un ou l’autre de ces styles. La data-

tion contemporaine des maisons de la Narbonnaise

inciterait à les rattacher au même style. L’ensemble

le plus représentatif est celui trouvé en place à l’îlot

des Pistoles (dir. L.-F. Gantès et M. Moliner, 1989)

sur le versant nord-ouest de la butte des Moulins

comportant une douzaine de pièces et des sols en

opus signinum

. L’une des pièces a conservé sa

plinthe sur 30 cm de haut ornée de bandes rouges

encadrées de filets de même couleur scandant ver-

ticalement des panneaux blancs de 1 m et 1,40 m

de large

(Fig. 2)

.

I

06

I

FIG. 1 :

COLLÈGE VIEUX-PORT, HYPOTHÈSE DE RESTITUTION DU DÉCOR PEINT.

FIG. 2 :

LES PISTOLES, DÉPOSE DE L’ENDUIT PEINT.

© CLICHÉ A.-M. D’OVIDIO

© CLICHÉ A.-M. D’OVIDIO