n°244 - Ils ont peint à Marseille
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La collaboration entre trois organismes, l’Atelier du

Patrimoine et de l’Archéologie de la Ville de Mar-

seille, l’INRAP et le CICRP, assistés du Laboratoire

de Pétrologie Magmatique centre Saint-Jérôme et

du Service Commun de Microscopie électronique

centre Saint-Charles, Aix-Marseille Université, per-

met progressivement de déterminer la nature des

pigments, des liants, des couches de préparation

pour retrouver la technique de la peinture depuis la

période archaïque jusqu’à la romanisation de la cité.

Cette recherche commence par une observation

des fragments bruts sous loupe binoculaire et des

sections polies et lames minces sous microscope

optique et microscope électronique à balayage.

Elle est complétée par une étude granulométrique

et des analyses élémentaires physico-chimiques

par diffraction des rayons X et spectroscopie de

microfluorescence X. Les peintures sont datées

par le mobilier céramique associé au contexte

de découverte.

La recherche est née de la découverte en 2005

sur la fouille archéologique du Collège Vieux-Port,

dirigée par Philippe Mellinand et Lucien-François

Gantès, de fragments d’enduit de terre peints

en bleu égyptien, extrêmement fragiles et rares,

contenus dans un niveau de démolition de l’élé-

vation en brique crue datée de 510 - 450 av. J.-C.

d’un édifice dont la présence des peintures allait

confirmer le caractère prestigieux.

MARSEILLE ET LE BLEU

En l’état de nos connaissances, les plus anciennes

traces de pigment bleu dans la peinture murale

apparaissent donc sur le chantier du Collège Vieux-

Port au pied de la butte Saint-Laurent, dans une

salle de banquet associée à un édifice monumental

proche du théâtre. Les fragments retrouvés consti-

tuent deux frises en terre en léger relief ornées

d’un motif ovoïde et de denticules bleus et rouges

sur fond blanc

(Fig. 1)

. Or, les exemples emprun-

tés au monde grec montrent qu’à cette époque ce

sont essentiellement les édifices cultuels ou civils

(bouleuterion, lesché, prytanée) qui reçoivent une

attention particulière au niveau du décor accentuant

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ILS ONT PEINT À MARSEILLE

Marseille

APERÇU DE LA PEINTURE

MURALE DANS MARSEILLE

ANTIQUE

PAR

ANNE-MARIE D’OVIDIO,

archéologue de l’Atelier du Patrimoine

et de l’Archéologie de la Ville de Marseille,

EN COLLABORATIONAVEC

PHILIPPE BROMBLET, VINCENT MERCURIO, JEAN-MARCVALLET,

du pôle scientifique du CICRP

«Il y a toujours dans les habitudes des massaliotes de la simplicité et de la

modestie».

Cette citation de Strabon fut souvent avancée pour excuser

l’absence de belles peintures ornant les murs des demeures massaliètes. Si

cet article n’a pas la prétention de révéler de grands schémas décoratifs, il

présentera toutefois un aperçu de la peinture antique grâce à l’étude d’infimes

fragments d’enduit peint, provenant des fouilles marseillaises, souvent mal

conservés mais d’une richesse pigmentaire et décorative à l’égal des autres

villes de la province narbonnaise.