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ce pigment synthétique à base de cuivre relevant

de la chimie, est rapportée par Vitruve :

«on broie

du sable avec de la fleur de nitre, aussi fin que la

farine, on y mêle de la limaille de cuivre de Chypre

faite avec de grosses limes, puis on la mouille pour

en faire une pâte, dont on forme avec les mains

des boules qu’on presse de manière à les faire sé-

cher. Une fois sèches, elles sont déposées dans

un vase de terre qu’on met dans une fournaise.

Là, le cuivre et le sable entrant en fusion finissent

par ne plus faire qu’un seul corps et se trouvent

convertis en une couleur bleu d’azur»

. Des bou-

lettes ont été trouvées sur plusieurs chantiers et

même dans des niveaux datés de l’Antiquité tar-

dive (Alcazar, Marc Bouiron, 1999). L’atelier Vesto-

rius à Pouzzoles en Italie était connu à l’époque de

Vitruve pour produire ce pigment fabriqué depuis

longtemps en Grèce et en Egypte

(Fig. 14, 15, 16)

.

La palette romaine s’est enrichie en couleurs. Elle

utilise toujours le bleu, mais mélangé aux terres

vertes à base d’argiles de type glauconite ou céla-

donite. La cargaison de l’épave de Planier III, datée

de 50 av. J.-C (André Tchernia, 1968) contenait,

outre de nombreuses boulettes de bleu égyptien,

du réalgar et 41 kg de minium. Un oxyde de plomb

mélangé à l’hématite (oxyde de fer) a été retrouvé

dans plusieurs analyses d’enduit romain et de l’An-

tiquité tardive sans toutefois avoir pu pour l’instant

déterminer avec précision s’il s’agissait du minium,

orange, ou du massicot, jaune. Le fond bordeaux

pourrait être un mélange d’hématite et d’un pig-

ment à base d’arsenic, peut-être du réalgar ou de

l’orpiment. L’arsenic pouvait servir à améliorer la

brillance. La goethite, un oxyhydroxyde de fer, est

le pigment qui donne ces beaux fonds jaunes de

l’îlot 9 et les noirs sont réalisés à base de carbone

et d’argiles.

Certes, toutes les maisons ne sont pas de la même

envergure et toutes ne sont pas conservées, mais

la carte de l’habitat dans toute sa splendeur, avec

ses peintures, ses sols et ses bassins, se des-

sine peu à peu à Marseille, tout au moins à partir

de sa romanisation, au fur et à mesure des nou-

velles découvertes archéologiques. De prochaines

études nous permettront peut-être d’affiner ces

recherches stylistiques et de retrouver quelques

éléments de la «quintessence grecque» dans

l’adoption des styles pompéiens…

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FIG. 14 :

LES PIGMENTS OCRE ROUGE ET BLEU ÉGYPTIEN,

COLLÈGE VIEUX-PORT, BARGEMON, ALCAZAR, TUNNEL-MAJOR.

FIG. 16 :

COLLÈGE VIEUX-PORT,

DÉTAIL DE LA COUCHE DE BLEU ÉGYPTIEN.

FIG. 15 :

TUNNEL MAJOR, PIGMENT BLEU ÉGYPTIEN,

VUE AU MICROSCOPIE ÉLECTRONIQUE À BALAYAGE.

© CLICHÉ A.-M. D’OVIDIO

© CLICHÉ A.-M. D’OVIDIO

© CLICHÉ A. TONETTO