n°244 - Ils ont peint à Marseille
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Cela favorise le processus de carbonatation fixant

les pigments de la couche de fond

(Fig. 12)

. Par

contre, les éléments décoratifs peints sur cette

couche sont rarement à fresque.

Pour améliorer le rendu, un traitement particulier

a été parfois apporté à la couche de finition. Une

sous-couche picturale rouge est trouvée sous le

jaune pour le vivifier, et une couche noire sous le

bleu hellénistique pour le densifier. Les grands pan-

neaux à fond bleu pâle sont opacifiés par la couche

de finition grisâtre à base de chaux et carbone. Le

plus beau rendu, une technique d’ailleurs décrite par

Vitruve, est réalisé par l’ajout de poudre de marbre

cristallin, qui, après polissage, donne un aspect scin-

tillant et lumineux à la surface picturale. Il a été ob-

servé pour les fonds jaunes ou rouges.

Un tracé préparatoire à la pointe sèche est parfois

réalisé dans l’

intonaco

pour positionner le décor,

comme pour les boutons de fleurs de la rue Fran-

çois-Moisson

(Fig. 13)

.

Les pigments liés à l’eau ou au lait de chaux, sont

enfin étalés au pinceau dont on observe fréquem-

ment les empreintes régulières. La couche picturale

est polie avec un galet ou un fer pour faciliter la car-

bonatation et accentuer sa brillance. Le polissage de

surface ocre rouge est parfois si poussé qu’il produit

un effet lustré.

LES MATIÈRES COLORANTES

La palette du peintre varie au cours des siècles.

Les pigments de la triade archaïque, le blanc, le

bleu, le rouge sont respectivement la chaux, le

bleu égyptien et les ocres ou le cinabre. Un petit

pain d’ocre rouge a été trouvé sur le site du Collège

Vieux-Port ainsi que des restes de pigment à base

d’hématite dans le fond d’une amphore magno-

grecque ou d’une coupe campanienne servant de

palette

(Fig. 14)

.

Le cinabre, un sulfure de mercure, a aussi été

identifié en diffraction des rayons X sur un des

denticules de la frise archaïque et sur quelques

fragments du début de l’époque romaine. C’est

un rouge très vif mais qui, comme le constatait

Vitruve, est instable. En 315 av. J.-C., Théophraste

évoquait les mines de cinabre d’Almadèn en Es-

pagne et en Colchide et un cinabre artificiel près

d’Ephèse. Le cinabre, un pigment onéreux, était

généralement réservé à l’élite. Ainsi, Rome en

fit un monopole d’Etat et une loi en fixait le prix

de vente.

Le bleu a été identifié comme du bleu égyptien,

un silicate de calcium et de cuivre appelé la cuproi-

vaïte. Nous poursuivons les analyses pour trou-

ver sa provenance. La fabrication complexe de

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FIG. 12 :

FRANÇOIS-MOISSON, DÉTAIL DE FRESQUE.

FIG. 13 :

FRANÇOIS-MOISSON, TRACÉ PRÉPARATOIRE.

© CLICHÉ A.-M. D’OVIDIO

© CLICHÉ A.-M. D’OVIDIO