n°237 - La clé du royaume, Marseille au XVIe siècle
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Les guerres de religion

Marseille qui se targue d’être la plus ancienne ville chré-

tienne de France aurait été évangélisée par les saints

Lazare et Marie-Madeleine. Elle accueille au XVI

e

siècle

une forte densité d’institutions ecclésiastiques et quatorze

confréries de pénitents, qui deviennent le fer de lance du

combat contre le protestantisme naissant, à tel point que

Charles IX les interdit en 1562.

Il est difficile d’estimer la propagation des nouvelles idées

religieuses dans la ville ; leurs adeptes –des Provençaux

mais également des étrangers d’origine germanique–

agissent avec beaucoup de prudence et se réunissent se-

crètement. Ils disposent en 1559 d’un ministre envoyé

par Genève. Si le recrutement touche tous les milieux,

il n’existe toutefois à Marseille aucun métier majoritaire-

ment protestant, mais plutôt des groupes professionnels

hostiles aux idées nouvelles, comme les marins et les pê-

cheurs, qui forment un réservoir fidèle à la tradition, tou-

jours prêts à des actions violentes contre les huguenots.

La grande majorité des habitants de Marseille est réfrac-

taire aux idées réformatrices et les consuls s’opposent tant

qu’ils peuvent à l’exercice du nouveau culte dans la ville.

Après les premiers actes de violence survenus en 1559

avec le meurtre d’Antoine Mauvans de Richier, seigneur

protestant, qui entraîne des émeutes et des saccages, le

parlement d’Aix ne cesse d’envenimer les choses en appe-

lant à une répression sanglante.

Après l’assassinat du duc de Guise, la Provence est coupée

en deux : les catholiques fidèles au roi tiennent la cam-

pagne et ont leur parlement à Pertuis, les ligueurs tiennent

les villes et conservent le parlement d’Aix. Les premiers

reconnaissent Henri IV à la mort d’Henri III, les seconds,

le cardinal de Bourbon sous le nom de Charles X.

A Marseille, une révolte en février 1591 porte Charles de

Casaulx au pouvoir. Il s’entend avec le viguier, Louis d’Aix.

Tous deux espèrent transformer Marseille en république

catholique indépendante. Dans les années 1592-1596, la

faction de Casaulx accapare tous les postes importants et

exerce une véritable dictature sur la ville.

Si le parlement d’Aix finit par reconnaître Henri IV en

janvier 1594, Marseille reste le dernier bastion de la Ligue

jusqu’en 1596. Cette année-là, Casaulx est assassiné le

17 février par Pierre Bayon dit Libertat, capitaine de la

porte Réale, sur les ordres du nouveau gouverneur, le duc

de Guise (le fils du «Balafré», rallié à Henri IV).

Renée de Rieux, dite la Belle Châteauneuf, Anonyme.

Chateaubriand dans

La vie de Rancé

évoque ses «longs yeux bleus» (sic). Elle a été

maîtresse d’Henri III et dame de cour de Catherine de Médicis. Pierre de l’Estoile,

dans son journal, en 1577, raconte ainsi la mort de son premier mari :

«la belle

Chateauneuf […], ayant trouvé [son mari] paillardant, le tua virilement, de sa propre

main»

. Exilée en punition à Marseille, elle épouse, en deuxièmes noces, Philippe

d’Altovitis, capitaine des galères. Le couple entretient des rapports privilégiés avec

Catherine de Médicis et œuvre pour ses intérêts à Marseille, mais aussi inversement

pour ceux de Marseille auprès de la Cour.

© Madrid, musée Lazaro Galdiano