n°237 - La clé du royaume, Marseille au XVIe siècle
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du conseil, les «24 des honneurs», qui eux-mêmes ne

peuvent être appelés à aucun office, élit l’ensemble des

officiers municipaux. Le règlement interdit le cumul des

charges, ainsi que l’élection de parents proches : un père

et son fils, un beau-père et son gendre, des frères ou des

cousins germains ne peuvent siéger ensemble. Il fait éga-

lement défense aux conseillers de

«porter épée, couteau

ou autre arme […] dans la maison du conseil et injurier l’un

l’autre ni interrompre la voix de l’un qui parlera»

.

Marseille devient une pièce de l’échiquier du roi de France,

que ce soit dans sa politique intérieure ou dans ses ambi-

tions européennes. A plusieurs reprises au cours du siècle,

les rois traversent le royaume pour venir dans la ville. Le

mariage du futur Henri II avec Catherine de Médicis y

est célébré le 23 octobre 1533. Il est un élément de la

stratégie du pape Clément VII (un Médicis) qui s’appuie

sur François 1

er

pour lutter contre Luther et sa Réforme.

Il espère aussi son soutien dans sa lutte contre les Turcs

et Soliman le Magnifique. François 1

er

, quant à lui, après

la défaite de Pavie et son emprisonnement par Charles

Quint, cherche des appuis contre ce dernier et espère ré-

cupérer des territoires en Italie. Une entrevue a lieu entre

eux avant le mariage, mais ne débouche sur rien.

Dans le cadre des guerres pour la possession de l’Italie, en

1524, les troupes de Charles Quint, venues de Gênes et

conduites par le connétable de Bourbon, envahissent la

Provence et assiègent Marseille le 19 août. Les Marseillais

assiégés résistent aux attaques ennemies, malgré les

brèches ouvertes dans les fortifications qu’ils comblent et

protègent par le creusement de fossés. Les Marseillaises

jouent un rôle dans cette résistance en apportant leur aide

pour les travaux de tranchées et de terrassement. L’eau

de l’aqueduc est détournée par les Impériaux et seuls les

puits permettent l’approvisionnement. Le ravitaillement

est assuré par la voie maritime. Le siège est levé le 29 sep-

tembre. Les troupes de Bourbon battent en retraite et

évacuent la Provence.

Marseille devient un grand port de guerre à partir des

règnes de François 1

er

et surtout de Henri II, le siège d’une

base navale qui abrite, vers le milieu du XVI

e

siècle, une

trentaine de galères et jusqu’à 8 000 galériens. François I

er

décide d’en renforcer la sécurité et de protéger le passage

des galères, des dangers venus de la mer, incursions bar-

baresques ou troupes ennemies. La construction d’un fort

sur l’île d’If, lieu qu’il faut occuper pour empêcher un

ennemi de s’y installer et de là menacer la ville, débute

sans doute en 1529.

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La vue d’Ercole Negro (orientée vers le sud).

Cette vue de Marseille, réalisée par un militaire, reproduit fidèlement les

remparts et fortifications mais pas la trame urbaine, tracée ici dans un da-

mier rectiligne bien loin du dédale existant. A la fin du XV

e

siècle, la ville

s’organise en quatre quartiers, qui remplacent les anciens sixains : Drape-

rie (ou Corps de Ville), Blanquerie, Cavaillon et Saint-Jean, et sont liés aux

quatre paroisses (Notre-Dame des Accoules, Saint-Martin, Major et Saint-

Laurent). La population se répartit de façon inégale dans ces quartiers. Celui

de Draperie, autour de la maison commune et de l’église Notre-Dame des

Accoules, est le plus riche et le plus peuplé. Hors les murs, on trouve de très

nombreuses bastides (jusqu’à 1 000 d’après l’estime des biens de 1595),

domaines exploités en fermages, mais qui servent aussi d’habitation l’été et

en temps de peste. Les constructions importantes du terroir (y compris les

églises) ont été détruites en 1524.

© Archivio di Stato di Torino

SUD