n°232 - Ils ont écrit sur Marseille
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Marseille

L’une des précieuses parisiennes de l’hôtel de Rambouillet, Madeleine de Scudéry

séjourna de 1644 à 1647 à Marseille avec son frère, Georges, nommé gouverneur du fort

de Notre-Dame de la Garde. Nous donnons ici deux extraits de la correspondance qu’elle

échangea avec Mademoiselle Paulet, son amie de l’hôtel de Rambouillet, fille de Charles

Paulet, secrétaire du roi, dès son arrivée dans la ville. Plus tard, le charme fut rompu

lorsque la ville et ses habitants se révélèrent plus provinciaux et plus rudes qu’elle ne

l’avait d’abord espéré. Les Scudéry mirent fin à leur exil en 1647 pour renouer avec la

capitale. Madeleine de Scudéry n’en garda pas moins un vif souvenir de cette ville qui

l’avait rapprochée de l’Orient et l’inspira pour le

Grand Cyrus

, roman en dix volumes paru

entre 1649 et 1658.

P. E.

MADELEINE

© COLLECTION PRIVÉE, D.R.

Enfin, après avoir plusieurs fois pensé faire

naufrage [sur le Rhône], je suis arrivée au port

deMarseille assez heureusement…J’y ai trouvé

toute la civilité et toute la courtoisie possible,

et comme je sais que vous n’êtes pas marrie de

savoir tout ce qui arrive à mon frère et à moi, il

faut que je vous rende compte de quelle façon

on nous traite ici. Vous saurez donc, Made-

moiselle, que nous avons trouvé en madame

de Mirabeau une des meilleures et des plus

obligeantes femmes du monde, car elle ne sut

pas plus tôt que nous étions ici, qu’elle et ma-

dame de Morges, sa sœur, vinrent pour nous

obliger de prendre leur maison. Comme nous

ne le voulûmes pas, elles se virent contraintes

de nous instruire de la coutume de la ville qui

est d’être trois ou quatre jours sans sortir pour

attendre les visites de ceux qui veulent vous

en rendre. Et, comme nous avions quelque

répugnance à suivre cet ordre, elle nous dit que

tout le monde de Marseille se tiendrait outragé

et croirait que nous ne voulons pas le voir, si

nous en usions autrement. A vous dire le vrai,

cela n’a pas été sans voir de plaisantes choses ;

car pour vous le dire comme elles se sont pas-

sées, je ne pense pas qu’il y ait un seul homme

de quelque considération dans Marseille qui

ne soit venu, soit des gentilshommes, des

consuls, des officiers des galères, des juges, des

ecclésiastiques, des avocats, des marchands,

des matelots…et même des forçats. Et pour les

femmes, le nombre en est si grand que j’ai été

contrainte d’en faire un rôle qui, présentement,

se monte à quarante-deux maisons différentes

où il faut que j’aille, qui veulent dire plus de

quatre-vingts personnes qu’il faut demander.

Je vous laisse à juger, Mademoiselle, si de l’hu-

meur que je suis, je n’ai pas là une occupation

(LE HAVRE, 1607-PARIS, 1701)

Lettre du 13 décembre 1644 à Mademoiselle Paulet

DE SCUDÉRY

ILS ONT ÉCRIT SUR MARSEILLE

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SIÈCLE