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S’ils n’obéissent pas assez vite, les coups de

fouet leur pleuvent sur la tête et sur les épaules

au point de faire jaillir le sang ; quelquefois

même, pour faire un exemple, on leur coupe

un membre, car les deux gardes-chiourmes

sont d’ordinaire d’anciens galériens, dénués de

toute espèce de pitié. Si le vent est favorable, on

déploie les voiles pour aller plus vite.

[…] Des vaisseaux, venant d’arriver, déchar-

geaient sur lesquaisdesmarchandisesde toutes

sortes, des épices en quantité incroyable, de la

rhubarbe et autres médicaments, des singes,

des animaux étrangers,

des oranges, des citrons

et mille autres denrées

c’était un spectacle des

plus curieux que de voir

cet affairement de gens

se pressant de toutes

parts et apportant des

nouvelles de tant de pays

lointains.

Après déjeuner je me fis conduire en bateau

avec quelques Allemands, de l’autre côté du

port à la maison de plaisance de Mme de Cas-

tellane, la maîtresse du duc de Guise, gouver-

neur de la province. Nous y vîmes un magni-

fique jardin avec des bordures et des allées sans

nombre, ainsi qu’une grande serre remplie

d’orangers et de citronniers dans des vases. Le

jardinier qui nous conduisait n’ayant pas la clef

de la salle d’armes, nous ne pûmes la voir que

de l’extérieur ; mais nous visitâmes les appar-

tements, qui sont superbes et ornés de belles

tapisseries. En bas, dans la cour avant de sortir,

on nous montra une autruche vivante dont je

pouvais à peine atteindre la tête avec la main.

Nous lui fîmes avaler sans difficulté des clous

de fer à cheval. Le jardinier nous jura qu’il lui

en avait vu avaler beaucoup, ainsi que des

clefs, qu’elle n’avait jamais rendues ; preuve

évidente qu’elle avait digéré le tout.

De retour en ville, nous allâmes voir en divers

endroits d’autres animaux étrangers : un léo-

pard enchaîné dans une cour et qui avait tué

sept hommes avant d’être pris, un chatpard

avec sa belle robe mouchetée ; quatre jeunes

lions arrivés depuis peu chez l’aubergiste hol-

landais Caspar, deux porcs-épics vivants, etc.

il y avait aussi au palais du duc, un espèce de

grand singe appelé Bertram, qui faisait les tours

les plus risibles.

Le 15 février, j’achetai dans la rue des Or-

fèvres de la nacre, des cuillers, des sachets, des

coquillages, des coraux, et autres curiosités

maritimes qu’on trouve là meilleur marché

qu’ailleurs. Après dîner, je me fis faire plu-

sieurs de ces boules de verre, ornées de jo-

lies figures, et nageant toujours sur l’eau, de

quelque côté qu’on les tourne. Le verre est

soufflé à la flamme d’une lampe, avec un cha-

lumeau. C’est très curieux à voir ; on fabriqua

ainsi devant moi des vases, des bagues, des

chaînes, des cordes, etc.

[…] Presque toutes les femmes que je vis

portaient de superbes

colliers de perles, d’une

valeur de 500 à 1 000

couronnes. Ce sont des

cadeaux qu’apportent

des Indes leurs maris

ou leurs amants, pour

les dédommager de

trop longues absences.

Elles sont très belles, très empressées et très

coquettes ; mais il y a dans leur ajustement

plus de richesse que de bon goût. Ainsi, tandis

que les manches et le corsage sont de taffe-

tas, de velours ou d’atlas rouge, la jupe est de

même étoffe, mais grise, jaune ou bleue, ce

qui les fait ressembler à de vrais perroquets.

Les femmes des marchands portent des bas

de soie, aussi bien que celles des nobles. Les

simples bourgeoises ont les mêmes vêtements

bariolés ; mais les jours ordinaires, elles pas-

sent des manches en toile blanche et bleue, et

une sorte de camisole à taille très longue, avec

une jupe plus courte d’une autre couleur.

[…] Le matin du 18 février, je fis une excur-

sion sur les collines qui dominent la ville, pour

jeter un coup d’œil sur la campagne. Le ter-

rain, peu propre à la culture du blé, produit

beaucoup d’olives et de vin. Il est défendu,

sous peine d’amende, d’acheter du vin étran-

ger, avant que tout celui de la contrée ne soit

vendu. Je n’ai jamais vu ville entourée de plus

de fermes et de maisons de plaisance. La raison

en est qu’en temps de peste (chose fréquente à

cause du grand nombre de gens venus de tous

pays), les habitants se réfugient à la campagne.

Il y a, du reste, de l’autre côté du port, derrière

le fort Saint-Jean, au bord de la mer, un grand

bâtiment où l’on isole les pestiférés. Ils y sont

bien traités, avec des médecins, des chirur-

giens et des pharmaciens particuliers, mais

sans aucune communication avec le dehors.

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Le 15 février, j’achetai dans la rue

des Orfèvres de la nacre, des cuillers,

des sachets, des coquillages,

des coraux, et autres curiosités

maritimes qu’on trouve là meilleur

marché qu’ailleurs.