n°232 - Ils ont écrit sur Marseille
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ne pourrait passer sans être atteint. Il appar-

tient à l’archiduc de Florence et possède une

garnison italienne de cinquante hommes. La

garde des portes est confiée à des Suisses. Ils

vivent tous, du reste, en bonne amitié avec

ceux de Marseille. Dans l’intérieur, il y a d’ex-

cellentes citernes et un moulin à vent. En face

de ce château se trouvent deux rocs tout nus

appelés les

Deux Isles

. J’ai appris depuis qu’on

y a construit des forts garnis de troupes. Les

pêcheurs y vont quelquefois jeter leurs filets.

Dans le vaste espace qui s’étend entre ces trois

rochers et la ville, la mer est si profonde que

les plus gros vaisseaux peuvent y aborder. On

l’appelle l’

Isle

. C’est là que nous avons passé la

nuit à l’ancre, en venant de Maguelone.

Enfin, il y a sur la colline de Notre-Dame de

la Garde une forteresse redoutable toujours

occupée par une nombreuse garnison. C’était

dit-on, jadis, un temple d’Apollon. De ce point

élevé, par un temps clair, on peut voir jusqu’à

soixante milles de distance. Un vaisseau pa-

raît-il en vue ; aussitôt un drapeau blanc, hissé

au sommet du fort, indique s’il vient d’Italie,

d’Espagne, d’Alexandre ou de Barbarie. S’il s’en

présente plusieurs à la fois, on élève autant de

pavillons, et quand ils passent à un certain en-

droit, on tire un coup de canon. Si ce sont des

galères, des branches sont arborées sur la petite

tourelle dominant la plate-forme. Au moyen

de ces signaux et en supputant le temps, les

marchands peuvent savoir à peu près quels

sont les vaisseaux qui entrent, car ils les at-

tendent avec impatience et vendent souvent

la cargaison avant son arrivée. Cette forteresse

est entourée d’un fossé taillé dans le roc ; elle

renferme aussi une église et de

vastes bâtiments ; c’est un lieu

de pèlerinage très fréquenté.

Ce qui ajoute à la commodité du

port, c’est qu’il pénètre aumilieu

même de la ville. Les maisons

le bordant de trois côtés, les

marchandises peuvent être dé-

barquées devant les boutiques

mêmes. Comme il reçoit toutes

les ordures et tous les égouts, on est quelque-

fois obligé de le nettoyer au moyen d’une ma-

chine curieuse manœuvrée par des galériens.

En été il répand, dit-on une odeur si infecte

qu’il est impossible d’en approcher à jeun. J’en

éprouvais moi-même un malaise pendant les

belles journées ; mais on s’habitue à la longue.

L’infection est combattue d’ailleurs par l’odeur

de toutes sortes d’épices et celle du goudron

dont on enduit journellement les vaisseaux,

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Ce qui ajoute à la commodité du port,

c’est qu’il pénètre au milieu même

de la ville. Les maisons le bordant

de trois côtés, les marchandises

peuvent être débarquées devant

les boutiques mêmes.

Plan de Marseille tiré

de l’atlas de Georg Braun intitulé

«Civitates orbis terrarum»

.

© ARCHIVES MUNICIPALES DE LA VILLE DE MARSEILLE 11 FI 18.

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