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Grecs qui, en repoussant les dangers, brillèrent

tant qu’après avoir vaincu leurs ennemis, ils

fondèrent sur les territoires occupés beaucoup de

colonies»…

La princesse amoureuse

«A lamort deNannos, le roi des Ségobriges, dont on

avait reçu l’emplacement destiné à la fondation de

la ville, son fils Commanus lui succéda comme roi ;

on lui raconta, sur la foi d’un petit roi, qu’un jour

Massilia provoquerait la ruine des peuples voisins,

qu’il fallait l’écraser à sa naissance même, de peur

que bientôt, plus forte, elle ne l’accablât lui-même.

Et il ajoute cette fable : un jour, une chienne pleine

d’une portée supplia un berger et lui demanda un

lieu où mettre bas. Puis, l’ayant obtenu, de nou-

veau elle demanda qu’il lui fût permis d’élever ses

chiots dans ce même lieu. Enfin, quand les chiots

furent adultes, elle s’appuya sur ce soutien domes-

tique et revendiqua pour elle-même la propriété du

lieu. Les Massiliens, qui maintenant semblent des

locataires, ne seront pas autrement quelque jour

les maîtres de la contrée. Incité par ces avis, le roi

tendit des pièges aux Massiliens. Ainsi le jour de

la fête des Floralies, il envoya dans la ville, selon

le droit de l’hospitalité, des hommes courageux et

hardis : il ordonne qu’un plus grand nombre en-

core s’introduise sur des chariots, dissimulés dans

des paniers et recouverts de feuillages. Lui-même

se cache dans les montagnes voisines afin de se

présenter au bon moment quand, pendant la nuit,

les portes seraient ouvertes par les premiers, de

prendre à son piège et assaillir en armes la ville en-

sevelie dans le sommeil et le vin. Mais une femme,

apparentée au roi, trahit ces pièges : elle avait des

relations coupables suivies avec un jeune Grec et, au

cours d’une étreinte avec le jeune homme, apitoyée

par sa beauté, elle lui révéla les pièges et lui ordonna

d’éviter le danger. Celui-ci rapporte aussitôt l’affaire

aux magistrats ; et ainsi les pièges furent décou-

verts ; tous les Ligures sont appréhendés et ceux

qui se cachaient sont extirpés des paniers. Après

les avoir tué, on tend des pièges au roi, alors qu’il

tendait ses pièges. Sept mille ennemis tombèrent

avec leur roi. Depuis lors les Massiliens ferment

leurs portes les jours de fête ; ils montent des gardes

nocturnes et postent en permanence des sentinelles

sur les murs, contrôlent les étrangers, font attention

et, en temps de paix, gardent la ville comme s’ils

étaient en guerre. Tant il est vrai que là, les bonnes

institutions semaintiennent, non pas par la nécessité

du temps, mais par l’habitude d’agir correctement.»

(Histoires Philippiques, XLIII, 4, 3-12)

.

Athéna

«Donc, tandis que Massilia florissait par la répu-

tation de ses actions, l’abondance de ses richesses

et la gloire toujours verte de ses forces, soudain

les peuples voisins se liguent pour détruire le nom

des Massiliens, comme pour éteindre un incendie

commun. Par consentement de tous, le roi Catu-

mandus est élu comme chef. Alors qu’il assiégeait

la ville de ses ennemis avec une grande armée

d’hommes particulièrement choisis, il fut terrifié

pendant son repos par la vision d’une femme fa-

rouche, et de lui-même fit la paix avec les Massi-

liens. Il fut demandé qu’il lui fût permis d’entrer

dans la ville et d’adorer leurs dieux ; arrivé sur

la colline de Minerve, il aperçut sous les portiques

la statue de la déesse qu’il avait vue pendant son

repos, et soudain il s’exclame qu’elle était celle

qui l’avait terrifié au cours de la nuit, celle qui lui

avait ordonné d’abandonner le siège. Il félicita les

Massiliens, car il remarquait qu’ils suscitaient la

sollicitude des dieux immortels

; il donna un collier

d’or à la déesse et conclut une amitié perpétuelle

avec les Massiliens.»

Trogue-Pompée met en relief trois figures fé-

minines : Gyptis («l’Aiglonne»), fille du Roi

Nannos. épouse Prôtis, pirate colonisateur.

Le récit est ici enjolivé. Dès l’origine, cepen-

dant, les Massiliens se heurtent à leurs voisins

ligures. À la génération suivante, en un récit ro-

manesque, le roi des Ségobriges, Commanus,

échoue à s’emparer de Marseille en y introdui-

sant, un «Cheval de Troie» à cause d’une prin-

cesse amoureuse. Dans un troisième temps, le

roi Catumandus, sur le point d’assaillir Massi-

lia, est retenu par Athéna, apparue en songe.

Ainsi se fit la paix entre les nouveaux venus et

les indigènes

(1)

.

7

NOTES

(1)

J’ai étudié tous ces textes en détail dans «La légende de la fondation de Marseille (Aristote fr. 549 Rose)»,

Luchnos

46,

Janvier 1991, p. 23-30, 2

e

version augmentée dans

Marseille Grecque et la Gaule

, éd. H. Tréziny et

alii, Etudes Massaliètes

3, 1992, p. 51-56. «Les fondatrices (Justin,

Histoires philippiques

XLIII, Strabon,

Géographie

IV, 1, 4)» [première

ébauche : «A l’origine, les femmes...», dans la revue

Marseille

n°160, septembre 1991, p. 7-9], publié dans

Marseillaises,

les Femmes et la Ville

, éd. Y. Knibiehler et

aliae

, Côté-Femmes, Paris, 1993, p. 53-60. «Massilia-Massalia antique : deux

textes, deux villes (Strabon,

Géographie

IV, 1, 4-5)», et

Techniques et sociétés en Méditerranée, Hommage à M.C. Amouretti

,

Ph. Jockey, J.-P. Brun éds., Aix-Paris, 2001, p. 693-708. Et aussi un texte qui ne parle pas de Marseille : «Les récits

des migrations phocéennes chez Hérodote (

Histoires

I, 163-67)»,

Méditerranées

, éd. J. Bouineau éd., 2000, p. 13-25.

Fondation de Marseille.

Gyptis et Euxène

,

par Jacques Couché

graveur, d’après un

dessin de Martinet.

vers

1830

© MHM 82-2-01