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Massalia. Euxène, le Phocéen, était l’hôte du roi

Nanos (tel était son nom). Ce Nanos célébra les

noces de sa fille alors que par hasard Euxène était

présent. Il l’invita au banquet. Le mariage se fai-

sait de cette manière : il fallait qu’après le repas,

l’enfant entre et donne une coupe de boisson tem-

pérée à qui elle voulait des prétendants présents.

Et celui à qui elle aurait donné la coupe, celui-là

devait être son époux. L’enfant entre donc et, soit

par hasard soit pour une autre raison, donne [la

coupe] à Euxène. Le nom de l’enfant était Petta. À

la suite de cet événement, comme le père acceptait

qu’il eût la jeune fille en pensant que le don avait

été fait avec l’accord de la divinité, Euxène la reçut

pour femme et cohabita, changeant son nom (à

elle) en Aristoxène. Et il y

a à Massalia une famille

issue de cette femme, en-

core maintenant, appelée

Prôtiades. Car Prôtis fut

le fils d’Euxène et d’Aris-

toxène.»

Aristote ne livre

que la trame du conte

merveilleux : les Pho-

céens ne sont pas des colonisateurs, mais des

marchands. Les noms sont interprétables aisé-

ment pour un Grec : le «Bon-hôte» (Euxène)

phocéen débarque chez le roi «Nain» (Nanos),

au moment où il marie sa fille l’«Oisillonne»

(Petta). Selon un rite bien attesté dans les lé-

gendes indo-européennes, la jeune fille choisit

elle-même son époux en lui offrant une coupe.

Une fois mariée à Euxène, elle s’hellénise et

devient le double féminin d’Euxène et même

mieux : «l’Excellente-hôtesse». Le fameux Pro-

tis (le «Premier») n’est dans ce texte, le plus

ancien, que le fils des fondateurs.

Trogue-Pompée / Justin

Plus prolixe qu’Aristote, le récit du Voconce

Trogue-Pompée, contemporain d’Auguste,

abrégé, probablement au III

e

siècle p.C., par

Justin (

Abrégé des Histoires Philippiques de Tro-

gue-Pompée

XLIII, III, 4 — V, 7), diffère aussi

de quelques détails :

Gyptis et Prôtis

«Aux temps du roi Tarquin, la jeunesse des Pho-

céens vint d’Asie et aborda à l’embouchure du

Tibre, puis contracta amitié avec les Romains.

Ensuite elle partit sur ses navires vers les golfes les

plus éloignés de la Gaule et fonda Marseille entre

les Ligures et les peuples sauvages de la Gaule.

Ils accomplirent de grands

exploits, soit en se défen-

dant par les armes contre

la sauvagerie gauloise, soit

en attaquant eux-mêmes

ceux par qui ils avaient été

attaqués auparavant. Car

les Phocéens, contraints

par l’exiguïté et l’aridité

du sol, pratiquaient plus assidûment la mer que

les terres, subsistaient de pêche, de commerce et

même, le plus souvent, de piraterie, laquelle était

en ce temps-là tenue en honneur. Ainsi, ils osè-

rent avancer jusqu’au rivage ultime de l’Océan et

aboutirent dans un golfe gaulois à l’embouchure du

Rhône. Séduits par l’agrément du lieu, ils retour-

nèrent chez eux, rapportèrent ce qu’ils avaient vu

et sollicitèrent des renforts. Les chefs de la flotte

furent Simos et Prôtis. Ainsi, ils vont trouver le roi

des Ségobriges, nommé Nannos, sur le territoire

duquel ils méditaient de fonder une ville et lui de-

mandent son amitié.

Or, justement, ce jour-là le roi était occupé à pré-

parer les noces de Gyptis sa fille que, selon la cou-

tume de son peuple, il se préparait à marier, par

le choix d’un gendre au cours du festin. Et, puisque

tous les prétendants avaient été invités aux noces,

on convie aussi au banquet les hôtes grecs. En-

suite, la jeune fille fut introduite et, comme son

père lui avait ordonné de proposer l’eau à celui

qu’elle choisirait pour mari, alors elle délaissa tous

les autres, se tourna vers les Grecs et proposa l’eau

à Prôtis, qui d’hôte devint gendre et reçut de son

beau-père un lieu pour fonder une ville. Marseille,

donc, fut fondée près de l’embouchure du Rhône,

dans un golfe retiré, comme dans un recoin de

la mer. Mais les Ligures jalousèrent les progrès

de la ville et harcelèrent de guerres assidues les

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La jeunesse des Phocéens vint d’Asie

et aborda à l’embouchure

du Tibre, puis contracta amitié avec

les Romains. Ensuite elle partit vers

les golfes les plus éloignés de la Gaule

et fonda Marseille.

© VILLE DE MARSEILLE

Gyptis et Protis

,

par Joanny Rave (1827-1887),

Musée des Beaux-Arts

de Marseille.

1874