n°231 - Traditions
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Étienne de Byzance

Le nom de

Massalia

(Strabon)

ou

Massilia

(Trogue-Pompée/

Justin) reste obscur. Par éty-

mologie ludique, les anciens

lui faisaient signifier «l’amarre

du pêcheur», comme l’atteste,

au VI

e

siècle p.C., Etienne

de Byzance dans son lexique

(

Ethnica

) :

«Massalia, cité de la Lygistique,

près de la Celtique, colonie des

Phocéens, selon Hécatée dans

l’Europe. Timée dit que le pilote,

approchant et voyant unpêcheur,

lui ordonna d’attacher (massai)

l’amarre à la terre. Car les Eo-

liens disent massai pour dêsai

(lier). Le nom provient donc de

halieus (le pêcheur) et de massai

(attacher). L’ethnique est Mas-

saliôte, Massalieus, Massalia et

Massaliôtis sont le féminin»

.

Dans le langage d’Etienne,

la Lygistique désigne la ré-

gion côtière, depuis la Ligurie

jusqu’au delta du Rhône. Le

milésien Hécatée, sa source,

est le fondateur de la Géogra-

phie au VI

e

siècle a.C. Les Pho-

céens ont parcouru et colonisé

la Méditerranée occidentale

au temps de leur splendeur,

avant la prise de leur cité par

le Perse Cyrus et l’exil forcé de

leurs élites (540 a.C.). Le Sici-

lien Timée de Tauromenium

(356-260 a.C.) a, le premier,

esquissé une histoire, au-

jourd’hui perdue, de la Médi-

terranée occidentale. L’étymo-

logie et l’anecdote du pêcheur

sont le fruit d’une charmante

imagination, avec pour inten-

tion d’helléniser le nom de

Marseille : le verbe «massaï»/

amarrer, non attesté ailleurs

serait un éolisme, alors que les

Phocéens sont des Ioniens !

Denys, Eustathe

de Thessalonique

Commentant deux vers de

Denys le Périégète (II

e

siècle

p.C.) :

«La (mer) reçoit ensuite

le flot de la Gaule/ et là s’étend

la terre de Massalia, qui a un

mouillage infléchi (Périégèse

73-74)»

, l’évêque érudit Eus-

tathe de Thessalonique (XII

e

siècle p.C.) rapporte la même

étymologie :

«Massalia appartient à la

Gaule ; des Phocéens l’ont habi-

tée, qui avaient fui d’Orient pour

éviter l’asservissement à Cyrus.

Massalia a un port de forme

courbe et infléchie (épistro-

phos) auquel prêtent attention

(epistrephontai) les naviga-

teurs.

(Le mot epistrophos se

trouve chez Homère dans le

passage où il dit qu’ «Ulysse

prête attention aux hommes»

(Odyssée I 177).

On dit que les Massaliens ont eu

jadis quelque réputation pour

la fabrication d’instruments et

l’équipement naval.

Massalia n’est pas seulement un

territoire, mais aussi une cité

de Ligyens quelque part en Cel-

tique ; son nom vient de massai

qui signifie attacher en Eolien et

d’un pêcheur. Car, dit-on, alors

que le pilote des colons phocéens

approchait de la terre, il vit là

un pêcheur et lui dit : «massai»,

c’est-à-dire «attache» le cable de

l’amarre ; de là vient la cité de

Massalia : d’après massein atta-

cher et halieus (le pêcheur)»

.

Eustathe donne des précisions

topographiques, vagues, et

amplifie l’étymologie puisqu’il

devine sous la seconde partie

du nom une allusion aux acti-

vités de pêche des Massaliotes.

Aristote

Les savants réunis au

Ban-

quet

du polygraphe Athénée

de Naucratis (

Deipnosophistes

XIII, 576, fin du II

e

siècle

p.C.), évoquent des rencontres

amoureuses aux temps légen-

daires et rapprochent celle de

Zariadrès et Odatis de celle

d’Euxène et Petta, déjà racon-

tée par Aristote dans sa

Consti-

tution des Massaliotes

(fragment

549, Rose) :

«Aristote raconte une histoire

semblable dans la

Constitu-

tion des Massaliotes

. Il écrit :

«Les Phocéens qui pratiquaient

le commerce en Ionie fondèrent

UNE IDENTITÉ

Marseille

par Didier Pralon

de l’Académie de Marseille

5

Marseille est citée

dans nombre de

textes antiques.

M. Clerc (

Massalia

,

Marseille, 1927-

1929) en a procuré

une étude savante,

de même que

des vestiges

archéologiques alors

connus. On a depuis

déniché de nouveaux

vestiges dans les

vieux quartiers de

Marseille. Il n’en reste

pas moins curieux

et utile de relire les

témoignages anciens.

LES SOURCES LITTÉRAIRES

DE MASSALIA

Médaille commémorant

la fondation de Marseille

«Gyptis offre la coupe à

Protis» par le sculpteur

Elie-Jean Vézien.

© DR ACÉDÉMIE DE MARSEILLE