n°228 - Le cinéma à Marseille
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La «Belle époque»

(1896-1914)

Le samedi 29 février 1896

Dès l’ouverture du cinémato-

graphe Lumière, et contrai-

rement à Paris où ses débuts

furent difficiles, les Marseilais

font la queue pour voir proje-

ter une série de huit petits

films de 15mètres, à raison de

15 images par seconde. Les

séances ont lieu tous les jours

de 10 heures à midi et de 13

heures 30 à minuit, toutes les

15 à 20 minutes. L’écran est

placé à 7 ou 8 mètres de

l’appareil ; une dynamo four-

nit l’électricité. L’entrée,

d’abord fixée à 1 franc, est

bientôt ramenée à 50 centi-

mes pour les militaires et les

moins de 10 ans. Les vues les

plus populaires sont l

e Char-

gement à la Joliette, la Baignade

en mer et la Sortie du personnel

des Usines Lumière

.

Au fil des semaines, de nom-

breuses autres vues prennent

le relais. Certaines sont loca-

les, comme les films tournés

par Louis Lumière en person-

ne le 9 ou 10 avril 1896 :

la

Canebière à la sortie de la

Bourse, le Cours Belsunce et la

Canebière, Un embarquement

sur le Général-Chanzy

et

Scènes du Vieux-Port et de la

Joliette

. Les mois passent,

avec la nécessité de produire

une débauche de nouveaux

films, au risque d’épuiser les

sujets originaux. Début 1897,

les Lumière prospectent vers

les pensionnats avec un spec-

tacle complémentaire de

prestidigitation et distribu-

tion de vues-souvenirs

découpées de leurs films. En

août, ils présentent une ré-

trospective au prix dérisoire

de 25 centimes et, à la fin du

mois, l’exploitation s’arrête.

Le cinématographe Lumière

a tenu presque un an et demi

dans le local du 3 rue

Noailles (une belle perfor-

mance). S’ouvre alors une

période d’une dizaine

d’années d’incertitudes quant

à l’avenir artistique de cette ré-

cente invention.

L’âge des attractions

Curiosité technique renouve-

lant la vieille pratique de la

lanterne magique, le cinéma

intéresse très vite quelques

inconditionnels de l’image et

pénètre aussi dans certains

salons bourgeois, mais son

impact sur le grand public

reste épisodique et limité.

Autour de 1900, à l’instar des

grands music-halls parisiens,

les «Royal Biograph», «Ameri-

can Bioscop», «Nouveau

Kinétographe» ou «American

Vitograph Froissart» servent

de temps à autre d’attractions

secondaires au Palais de Cris-

tal, à l’Alcazar, au Casino des

Allées, à l’Eldorado, au Gym-

nase, aux Variétés… Chaque

année, la foire Saint-Lazare

compte des vues animées au

nombre de ses spectacles :

simulation de voyage en che-

min de fer, scènes aquatiques,

aventures comiques… Les

cirques Plège, Pezon ou

Redenbach les introduisent à

côté de leurs numéros habi-

tuels. Dès décembre 1898,

5

Par Pierre Échinard

de l’Académie de Marseille

LE PREMIER DEMI-SIÈCLE

(1896-1944)

LES SALLES

UNE ARCHITECTURE, UN DÉCOR

© COLL ECHINARD

Publicité pour le Cinématographe

Lumière à Marseille.

Le Bavard

, 7 mars 1896.

1896

© COLL. ÉCHINARD

Deux mois presque

jour pour jour après la

première séance

officielle de cinéma

donnée à Paris le 28

décembre 1895,

Marseille connaît à

son tour sa première

séance, au 3 rue

Noailles, dans un

sous-sol très

coquettement

décoré du Grand

Hôtel du Louvre et de

la Paix (aujourd’hui

C&A, 53, la

Canebière).

Programme

de l'Odéon,

par Eller

1926