n°227 - Métiers d'hier et d'aujourd'hui
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port auxiliaire à la Joliette, relié au Vieux-Port

par un canal de communication entre le fort

Saint-Jean et la butte Saint-Laurent. De même, la

construction d’une digue à 400 mètres du rivage

laisse la possibilité d’étendre les bassins vers le

Nord, ce qui sera progressivement réalisé.

Marseille connaît alors une importante activité

industrielle, basée sur la transformation des ma-

tières premières et l’exportation des produits fi-

nis. Les oléagineux, les blés, les sucres, etc, sont

le fer de lance de cet essor. Les oléagineux sont

transformés en huile et en savon, les blés durs

en semoule, les sucres raffinés repartent sous

forme de pains, les cafés sont torréfiés, les ca-

caos alimentent les chocolateries, les fruits secs

arrivent en très grandes quantités, ainsi que les

cuirs et peaux pour les mégisseries, la laine et

le coton pour les filatures, etc. C’est un flux con-

tinu de cargos qui accostent et il est courant que

20 à 30 navires attendent en rade pour déchar-

ger leur cargaison.

L’apogée, puis le déclin

Malgré les différentes guerres, les peseurs jurés

vont contribuer à la bonne marche des échanges,

et connaître une période où la profession est sol-

licitée de toutes parts. Les concours de recrute-

ment se succèdent pour faire face à l’augmen-

tation du volume du transit. Vers 1870/1880

l’effectif des peseurs jurés passe rapidement à

presque une centaine d’agents et à plus de cent

cinquante dans les années 1944 à 1965. Le port

connaît une activité débordante. Les moyens de

manutention ayant peu évolué, une main

d’œuvre abondante est encore nécessaire pour

répondre aux besoins du négoce.

Le port est une véritable ruche, où il y a du travail

pour tous, et où se développent des relations hu-

maines extraordinaires. Mise à part la période de

guerre de 1942 à 1944, où la zone Sud est occu-

pée, c’est le plein emploi sur les quais. Les pe-

seurs jurés travaillent donc nuit et jour et 365

jours par an, travail exaltant mais pénible car ex-

posé aux intempéries : il n’y a pas encore de

grands hangars et les marchandises sont le plus

souvent en plein air, mises sur caillebotis et bâ-

chées sur les terre-pleins. Il faut écrire dehors du-

rant les hivers rigoureux, les étés torrides et les

jours de grand mistral, mais le travail terminé, le

peseur juré retrouve la chaude ambiance du bu-

reau central et les camarades dits collègues, sui-

vant les affinités de chacun et elles sont très di-

verses : artistiques, sportives, littéraires, politi-

ques, etc. Jean Ballard, peseur juré, par ailleurs

directeur entre 1921 et 1966 de la célèbre revue

littéraire

Les Cahiers du Sud

, et son condisciple

Marcel Pagnol, ont su traduire cette vie truculen-

te des quais de Marseille. Avec les odeurs d’épices

et les effluves embaumés de la mer, ils nous ont

rapporté ce climat unique qui était celui des quais

de Marseille. D’ailleurs en 1926, Albert Londres,

autre grand reporter, n’a-t-il pas écrit dans

Mar-

seille, porte du Sud

:

«Allez à Marseille, Marseille

vous répondra. Cette ville est une leçon. L’indif-

férence coupable des contemporains ne la désarme

pas. Attentive, elle écoute la voix du vaste monde

et, forte de son expérience, elle engage en notre nom,

la conversation avec la terre entière. Un oriflamme

Photographie de Jean Ballard

en action sur le Cours Julien,

dédicacée à Louis Brauquier.

PHOTODERENZIS.©COLL. SCHEFER

Chantier sur la jetée

du large, côté Nord

et poste 144 ; Robert

François en train

d’inscrire le poids d’un sac

d’arachides décortiquées

sur son carnet.

1959

©PHOTOPESEURS JURÉS.

1948