n°225 - Marseille médiévale
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La ville dans sa globalité devient le sujet d’étude.

Il s’agit de mettre en évidence les permanences

et ruptures dans sa trame urbaine, ses agrandis-

sements et ses rétrécissements à l’intérieur

d’enceintes, tous les aspects de la vie économique

et quotidienne à partir des vestiges mobiliers mis

au jour. C’est, dans cette perspective, que

l’archéologie marseillaise s’inscrit avec des résul-

tats significatifs qui ont été présentés et discutés

lors d’un colloque organisé en 1999 sous le titre

«Marseille, Trames et paysages urbains, de Gyptis

au Roi René»

. Des acquis qui sont le fruit d’une

archéologie de sauvetage puis de fouilles préven-

tives nécessitant pour les équipes un grand savoir

faire dans des contextes techniques et adminis-

tratifs souvent contraignants.

Marseille médiévale

Pour l’heure, le bilan des connaissances archéo-

logiques sur Marseillemédiévale repose principa-

lement sur les résultats d’une douzaine de fouilles

importantes dont huit ont été réalisées à l’in-

térieur des fortifications. Ces fouilles apportent

d’abord des données inédites sur la topographie

d’une ville que l’on a décrite comme polynucléai-

re, divisée en une ville haute au nord-ouest com-

portant trois espaces déterminés par une enceinte

interne, une ville basse au sud-est et des fau-

bourgs. Les fouilles con-

duites sur la place Général

De Gaulle dans les années

1992-1993 font partie de

celles qui contribuent à la

découverte de la ville

médiévale. Elles ont permis

de suivre avec une grande

précision l’évolution, de la

fin du XII

e

siècle à la 1

ère

moitié du XIV

e

siècle, d’un îlot urbain proche de

l’enceinte élevée vers 1190. Les maisons de ce

quartier qui devaient posséder un étage sont bâ-

ties à l’intérieur de parcelles en lanière. Ces re-

cherches ont également donné l’opportunité de

retrouver les substructions de l’un des hôpitaux

(Saint-Sépulcre) construits dès la fin du XII

e

siè-

cle aux portes de la ville. Le second site de fouille

ayant livré des résultats de grande importance

est celui de l’Alcazar. Là, les fouilles réalisées en

1999 sur près de 4000 m

2

ont été l’occasion de

mettre en évidence dans un secteur hors les

murs, une densification du tissu urbain à partir

de la seconde moitié du XIII

e

siècle et de réaliser

des études précises sur les matériaux utilisés, les

techniques de constructions…

Le dernier exemple que l’on peut donner est celui

des fouilles du parking de la rue de la République

effectuées en 2006. Outre une ruelle tracée au

XIII

e

siècle au cœur d’un îlot antique, celles-ci

ont révélé des constructions modestes au sol en

terre battue. Elles sont bâties à l’intérieur de par-

celles en lanière identiques à celles que l’on trou-

ve dans les faubourgs. Pour le reste du tissu ur-

bain médiéval, nous pouvons encore ajouter ici

ou là quelques éléments ponctuels : des vestiges

de voiries (place Général De Gaulle, Vieille Cha-

rité, chantier César, Bargemon…) mettant en

œuvre des matériaux divers (dallages de pierre

dès le XII

e

siècle, des calades à la fin du XIII

e

siè-

cle). Ces rues sont régulièrement entretenues

comme le montrent d’importantes recharges

(plus de 2 mètres par exemple pour la rue du

Petit Mazeau), des plans incomplets d’habitats

construits à l’intérieur d’îlots divisés en parcelles

standardisées, par exemple ceux retrouvés le long

de la rue du four du Chapitre lors des fouilles du

Tunnel de la Major, à la Vieille Charité dont

l’occupation est attestée jusqu’au XIII

e

siècle ou

bien sur la place des Pistoles une maison datée

de la première moitié du XIV

e

siècle comportant

trois pièces…A ces données s’ajoutent des struc-

tures diverses en relation avec le captage et la dis-

tribution de l’eau, des puits (parc des Phocéens)

ou des ouvrages liés à la canalisation des eaux

(aqueduc de l’Huveaune, site de l’Alcazar). Dans

les fouilles de la place Villeneuve Bargemon, ont

été dégagés des vestiges

trop arasés pour les inter-

préter avec certitude, mais

qui pouvaient peut-être

correspondre à des étuves

publiques dont l’utilisation

semble avoir été de courte

durée (jusqu’au XIV

e

siè-

cle). Ces découvertes per-

mettent de constituer un

premier corpus des matériaux utilisés pour la

construction privée et publique et ses couvertu-

res et de faire des observations sur les techniques

de taille. Sans entrer dans le détail, on mention-

nera l’emploi de différentes pierres locales dont

celle de la Couronne utilisée à l’époque romaine.

On trouve cette pierre dans des édifices monu-

mentaux (Saint-Victor, tour du Roi René du Fort

Saint-Jean) et dans quelques demeures privées

(Hôtel de Cabre par exemple). Les constructions

médiévales utilisent à côté de réemplois antiques,

de la pierre tirée d’affleurements (calcaire, traver-

tin…), le pisé et pour les toitures des tuiles canal

et de l’ardoise comme on a pu le mettre en évi-

dence lors des fouilles d’une maison du XIV

e

siè-

cle dégagée place des Pistoles.

Si le tracé des fortifications est bien connu par

les sources d’archives, l’archéologie a eu peu

d’occasion de les étudier. Parmi les découvertes,

on citera un tronçon de l’enceinte du XI

e

siècle

observé en 2007 au bas de la rue de la République

et les observations faites lors des fouilles de l’îlot

du Puget dans lesquelles a été dégagée une sec-

Les fouilles conduites sur

la place Général De Gaulle dans

les années 1992-1993 font

partie de celles qui contribuent

à la découverte de la ville

médiévale.

Reconstitution

d’une voûte de la

chapelle Saint-Jean

de Malte au fort

Saint-Jean

©F.BOTTON