n°225 - Marseille médiévale
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D’abord l’Antiquité

Un objectif qui bien sûr à

Marseille, la plus ancienne

ville de France, prenait tout

son sens. Mais, un choix qui

laissait définitivement dans

l’ombre une part essentielle

de l’histoire urbaine alors que

dans le même temps la ville

connaissait de multiples et ra-

dicales transformations. Des

travaux qui venaient s’ajouter

aux grandes campagnes réa-

lisées au XIX

e

siècle qui

avaient déjà, dans plusieurs

secteurs, modifié fortement la

topographie générale par le

percement de voies nouvelles

et l’arasement du terrain ori-

ginel (butte Saint-Charles par

exemple). En centrant son in-

térêt sur l’Antiquité, l’archéo-

logue limitait son regard aux

vestiges enfouis. C’était le

temps de l’étude des seules

«archives du sol», celui où

l’on oubliait de visiter les im-

meubles menacés de démoli-

tion pour laisser place à la

ville d’aujourd’hui plus con-

forme aux attentes de nos

contemporains parmi les-

quelles l’automobile et sa

cohorte de contraintes dont

les parkings. C’était celui

aussi où l’archéologue recher-

chait les traces du passé dans

des stratigraphies après avoir

enlevé sans aucune observa-

tion des épaisseurs consé-

quentes de sédiments (les fa-

meuses «terres noires») que

l’on pensait dépourvus d’in-

térêt historique pour attein-

dre les premiers niveaux des

démolitions antiques aisé-

ment repérables sous les go-

dets des pelles mécaniques.

Les fouilles des sites de

Sainte-Barbe ou de l’Alcazar

ont montré par la suite que

ces couches qualifiées parfois

de «remblais» pouvaient cor-

respondre à des colluvionne-

ments issus de l’érosion des

pentes. Des observations géo-

archéologiques qui renvoient

par exemple directement aux

problématiques de l’envase-

ment du port dont on sait

qu’il est depuis l’Antiquité un

souci majeur pour les édiles

locaux.

L’évolution de l’archéologie

Sans conteste, cette pratique

de l’archéologie de terrain a

pénalisé gravement l’enri-

chissement des connaissan-

ces, alors que depuis l’après

seconde guerre mondiale,

Marseille, comme bien d’au-

tres villes, à quelques excep-

tions près (dans la région, Ni-

ce par exemple), connaissait

de profonds bouleversements

en plein cœur de son centre

historique. Cette approche ar-

chéologique partielle du

temps est à mettre directe-

ment en relation avec l’his-

toire de la discipline archéolo-

gique. Dans ces années 1950-

1980, l’archéologie était enco-

re peu dotée en moyens ad-

ministratifs, financiers et sur-

tout en personnel profes-

sionnel. Elle cherchait aussi

encore sur le terrain à préciser

sa méthodologie. Ainsi, au fil

du temps, l’expérience aidant,

on passera d’une pratique de

l’archéologie dans la ville

c’est-à-dire, celle d’un empile-

ment des connaissances tirées

d’observations ponctuelles et

de fouilles successives à celle

d’une archéologie de la ville

visant à reconstituer l’histoire

de la trame urbaine. La fouille

repose alors sur la définition

d’une problématique scienti-

fique. Elle vise à répondre à

des questionnements mais

aussi à effectuer des choix en

fonction de cette stratégie

dans des délais raisonnables.

9

L’ARCHÉOLOGIE

L’époque médiévale

est restée pendant

longtemps à Marseille,

comme dans la plupart

des villes françaises,

en dehors des

préoccupations des

archéologues. Jusque

dans les années 1990,

l’archéologie urbaine

avait en effet pour seule

ambition de reconstituer

l’histoire de la ville

antique.

©FR.COGNARD/AFAN

Place Général-De-Gaulle,

détail d’un mur de l’hôpital

du Saint-Sépulcre

DE MARSEILLE MÉDIÉVALE

Par Xavier DELESTRE

Conservateur général du patrimoine

Conservateur régional de l’archéologie

de la Direction régionale des affaires culturelles

de Provence-Alpes-Côte d’Azur

ARCHÉOLOGIE

DES DONNÉES INÉDITES POUR UNE HISTOIRE URBAINE

Fouilles de l’Alcazar :

puits desservant

une tannerie

du XII

e

siècle,

©T.MAZIERS/INRAP

Dans ces années 1950-1980,

l’archéologie était encore peu

dotée en moyens administratifs,

financiers et humains.