n°223 - La mer
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Des Embiez à Riou, les calanques

Tous ces maux ont été dénon-

cés par les scientifiques et les

usagers regroupés au sein

d’associations. Avec la prise

de conscience environne-

mentale, au cours des deux

dernières décennies, une vo-

lonté politique s’est manifes-

tée pour restaurer, valoriser et

protéger ce milieu exception-

nel de la rade de Marseille.

La réhabilitation

Le sauvetage de la Rade a

débuté avec le détournement

du fleuve Huveaune dans le

haut site classé des Calanques

de Marseille. On pourrait

d’ailleurs discuter de l’op-

portunité de ce déplacement.

Depuis, le cours du fleuve a

été considérablement assaini

par le traitement des rejets des

usines de la vallée de l’Hu-

veaune à la source, et par la

fermeture de certaines d’entre

elles devenues obsolètes ou

touchées par des problèmes

économiques. Toujours est-il

que ce détournement a per-

mis d’assainir aussi la Baie du

Prado, et d’aménager les pla-

ges Gaston Defferre en utili-

sant pour cela les décombres

des travaux dumétro. Idée gé-

niale s’il en est, car que pou-

vait-on faire de ces tonnes de

gravats ? Or, la baie était

dévastée par les rejets de

l’Huveaune : au fond plus le

moindre rhizome de posido-

nie, uniquement de la vase

réduite, dépourvue de vie.

Les plages alvéolaires, les pe-

louses de l’Espace Borély ont

changé la vie des Marseillais

et attiré les touristes. Par

ailleurs, la vie a réapparu en

de nombreux secteurs avec la

reconquête par l’herbier de

posidonies vers la Pointe-

Rouge ou l’Anse du Prophète.

Cette reconquête est à peine

perceptible, et elle sera lon-

gue, mais elle démontre la fa-

culté du milieu naturel à se

régénérer pour peu qu’on

l’aide. Et puis, il y a eu la mise

en route de la station d’épu-

ration physico-chimique en

1987, cette immense «cathé-

drale» souterraine construite

sous le stade Delort, visitée

par les techniciens de

l’Europe entière tellement elle

était révolutionnaire. Certes,

elle a beaucoup été décriée

par les pêcheurs locaux, les

plaisanciers et les défenseurs

de l’environnement, à cause

d’une nappe grisâtre au dé-

bouché du collecteur de Cor-

tiou ; l’odeur également était

des plus désagréables. Cette

nappe provenait de l’utili-

sation de chlorure ferrique

pour l’abattement des ma-

tières en suspension, quant à

l’odeur il valait mieux qu’elle

arrive là, plutôt qu’au centre

ville. Aujourd’hui, avec la mi-

se en route de la nouvelle sta-

tion de type biologique «Géo-

lide», la nappe grisâtre a

disparu, et l’odeur est tout au

plus celle d’une eau de vais-

selle. Au fond, les macro-

11

LES HORIZONS DE LA MER

LA RADE RESSUSCITÉE

Par Nardo VICENTE

de l’Académie de Marseille

La rade de Marseille

est l’une des plus

belles rades au Monde.

Avec un tantinet

de chauvinisme, le

Marseillais que je suis

vous dira que c’est la

plus belle. Cependant,

durant de nombreuses

décennies, elle a

souffert des impacts

anthropiques :

rejets d’eaux usées,

accumulation

de macro-déchets,

constructions

aberrantes, pêche

excessive, etc. Ainsi

on a vu se dégrader

progressivement

le milieu, ses rivages,

ses îles.

Récifs cubes

avant et après

immersion

© JEAN-GEORGESHARMELIN

©NARDOVICENTE

©NARDOVICENTE

©NARDOVICENTE