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©COLL.CCIMP -QAF02408

Affichette

d’intérieur

30,5x30 cm

8

réglementant le travail des fabriques, avec en par-

ticulier l’emploi d’huiles d’olive pures et

l’exclusion de tout autre corps gras.

Admirablement placés pour diversifier leurs ap-

provisionnements, les maîtres-savonniers mar-

seillais privilégièrent les productions oléicoles de

la Crète et du sud de l’Italie, de préférence à celles

de la Tunisie, de la Basse Provence et de la Riviera

ligure. LaMéditerranée leur fournissait également

les cendres de Sicile et de Sardaigne, les soudes

d’Alicante et de Carthagène, le natron des lacs

égyptiens. Protégé par des pratiques qui se vou-

laient secrètes et une réglementation sévère, le

savon de Marseille devint aux XVII

e

et XVIII

e

siè-

cles un produit apprécié,

donc recherché en Europe

occidentale et aux Antilles.

La savonnerie apparaissait

comme l’industrie la plus

représentative de l’écono-

mie locale. En 1789, la cité

comptait déjà 65 fabriques produisant environ

25 000 tonnes de savons. Les guerres du Premier

Empire modifièrent à leur façon la composition

du savon. La rupture de l’approvisionnement ma-

ritime en cendres italiennes comme en soudes

ibériques entraîna l’appel à la soude artificielle

découverte par Nicolas Leblanc à la fin du règne

de Louis XVI.

Les savons à l’huile d’olive chauffée avec le nou-

vel ingrédient chimique s’avérant trop cassants

à la découpe, les Marseillais atténuèrent ce défaut

en intégrant d’autres huiles originaires du terri-

toire national, de noix d’abord, de colza et de lin

ensuite. À partir de 1845, tous les savonniers

marseillais utilisaient des huiles de graines oléa-

gineuses, au coût bien inférieur à celles tirées des

fruits de l’olivier. Si le XIX

e

siècle apporta encore

l’amélioration des moyens de manutention, le re-

nouvellement progressif de l’outillage, la substi-

tution de la vapeur au feu nu pour les chaudières,

la savonnerie provençale continua de garder un

caractère quelque peu intuitif. La soude à

l’ammoniaquemise au point par l’ingénieur belge

Solvay accéléra encore les mutations. Avec elle,

le cube unicolore marqué «Extra pur» à 72 % de

matières grasses triompha. Les savonniers tes-

tèrent diverses matières

premières, avant de préférer

les produits tropicaux, co-

prahs et palmistes, importés

de l’Empire colonial fran-

çais. L’évolution de la so-

ciété contribua à transfor-

mer la savonnerie en vue d’une production de

masse à laquelle s’attachaient désormais 90 so-

ciétés travaillant selon le procédé traditionnel

comprenant les opérations successives de l’em-

pâtage, du relargage, de la cuisson et de la liqui-

dation. La production savonnière continua de

croître grâce aux perfectionnements apportés aux

usines (les générateurs de vapeur, puis d’électri-

cité remplaçant les bras des hommes), mais éga-

lement à l’amélioration des méthodes routinières

de fabrication. Renonçant partiellement à leurs

vieilles habitudes, les maîtres-savonniers se mi-

En 1789, la cité comptait

déjà 65 fabriques produisant

environ 25 000 tonnes

de savons.

©COLL.MUSÉED’HISTOIREDEMARSEILLE -QAF02408

Affiche anonyme

1925, 139x98 cm