n°221 - Made in Marseille
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Sceaux servant

à estampiller les savons

Une réputation à défendre

À l’instar de Marseille, rares

sont les villes qui peuvent se

targuer d’être associées dans

l’inconscient collectif à un

produit aussi courant. Pour-

tant, en dépit de son appella-

tion, le savon de Marseille

n’est plus le propre de la cité

provençale. D’autres villes en

Europe ont largement profité

de cette dénomination corres-

pondant à un procédé de fa-

brication et non à une prove-

nance géographique.

Bien que sa notoriété soit re-

connue internationalement, le

savon de Marseille se heurte

depuis la Seconde Guerre

mondiale à l’avènement des

produits de synthèse. Ses ven-

tes se sont effondrées, les con-

sommateurs préférant acheter

des savonnettes sophistiquées

pour leurs soins corporels, des

lessives en poudre ou liquides

pour les textiles. En quelques

décennies, le marché s’est en-

core segmenté avec le déferle-

ment des bains moussants et

gels douches distribués sous

des présentations séductrices.

Usés par des siècles de loyaux

services, victimes de leur as-

pect modeste, abandonnés

par les publicités tapageuses,

les cubes marseillais, qu’ils

soient blancs, verts ou beiges,

ont bien du mal à défendre

leur vocation généraliste.

ÀMarseille même, la produc-

tion annuelle des dernières

savonneries avoisine les

1 500 tonnes. Par comparai-

son, il y a un siècle, en 1908,

on recensait 81 sociétés de sa-

vonneries dans cette seule ci-

té dont la production frôlait

les 140 000 tonnes. Cepen-

dant, de tous les produits de

lavage, ce sont eux qui s’ada-

ptent le mieux à des usages

variés, tout en restant écono-

miques à l’emploi.

Des siècles de pratique

De nos jours, seules deux

véritables savonneries travail-

lant «à la marseillaise» font

perdurer une tradition remon-

tant au Moyen Age. Le plus

ancien savonnier mentionné

dans les registres notariaux

5

ENTRE TRADITION ET INNOVATION

LE SAVON

Par Patrick Boulanger

Patrimoine culturel CCIMP

Né obscurément sur

l’un des rivages de la

Méditerranée, le savon

a acquis ses lettres de

noblesse à Marseille.

Depuis longtemps, il y

a fait ses preuves pour

le lavage des linges et

la toilette des familles.

Des huiles végétales,

de la soude, du sel

marin, de l’eau… et des

méthodes éprouvées,

il n’en fallait pas plus

pour obtenir du bon

«Savon de Marseille».

L’Art du savonnier

qu’un certain D.-F.

Baudouin s’était

efforcé de fixer dans

un traité théorique

publié à Marseille en

1808, qu’est-il devenu

deux siècles plus tard ?

La rencontre avec les

professionnels

contemporains permet

de mesurer le chemin

parcouru.

DE MARSEILLE

©GREGORYQUITTARD

©COLLECTIONDELACCIMARSEILLEPROVENCE - SCHEFER