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Des techniques et des décors différents

Tous les types de sols décorés sont attestés mais

en proportions très inégales.

L’opus signinum

Les plus anciens pavements du monde méditer-

ranéen ont été retrouvés à Gordion en Asie mi-

neure. Datées du VII

e

siècle av. J.-C., ces mosaï-

ques formées de galets noirs et blancs juxtaposés

et liés par un mortier composent des décors sou-

vent géométriques. Aux siècles suivants, motifs

et couleurs se diversifient avec l’apparition de

personnages : les plus

beaux exemples ont été

dégagés à Pella, capitale

de Philippe II de Macé-

doine, père d’Alexandre

le Grand. L’utilisation de

galets à l’époque hellé-

nistique connaît une

évolution avec la technique de l’opus délien. Dé-

nommé ainsi car retrouvé en grand nombre sur

l’île de Délos en Grèce, il incorpore des galets

cassés ou de petits cubes de pierres dans un mor-

tier solide et étanche : le terrazzo ou opus signi-

num. Cette technique est présente dans le monde

carthaginois, très répandue dans le monde grec

et en particulier en Grande Grèce au V

e

siècle

av. J.-C. Il est aujourd’hui difficile de retracer

l’histoire de ce matériau qui connaît des varia-

tions selon les régions et les époques où il est

attesté. C’est le recours à ce procédé très prisé

dans le monde grec à l’époque classique et hellé-

nistique qui est attesté à Marseille dès le III

e

siècle

et représente à ce jour le plus ancien pavement

antique de France. C’est en 1986 à l’occasion de

la première fouille

d’urgence réalisée par les

tout nouveaux archéolo-

gues municipaux, L.-Fr.

Gantes et M. Moliner,

qu’un sol maçonné dé-

coré est dégagé sur 9 m

2

dans un petit bâtiment à

fonction cultuelle d’époque grecque. Des in-

crustations de galets blancs parsèment le tapis

qui comporte un cartouche inscrit au nord-est,

près de l’entrée. Des tesselles noires et blanches

alternées composent l’inscription XAIPE en al-

phabet grec majuscule de 20 cm et une couronne

cerclée. Traduite par «Bienvenue» cette expres-

sion suggère-t-elle l’accueil fait au serviteur ou

au citoyen dans ce petit temple ? On l’ignore, car

les vestiges étaient très arasés et la divinité est

perdue. Ce pavement est exceptionnel à plus

d’un titre : par sa typologie et son décor inscrit,

par sa datation du III

e

siècle av. J.-C., et par la

fonction du bâtiment, un édifice de culte élevé à

la fin du V

e

siècle av. J.-C. et abandonné au II

e

ap. J.-C. ! Il ne s’agit pas du pavement d’une mai-

son comme certains l’ont écrit en s’appuyant sur

des exemples similaires d’inscriptions en Italie

ou en Espagne.

À partir de cette découverte, nous avons recher-

ché et retrouvé des pavements de même nature

qui jusqu’à présent n’avaient pas vraiment retenu

l’attention des spécialistes. Ainsi, parmi les sols

décorés des maisons romaines signalées aux alen-

tours de 1850 lors de la construction de la ca-

thédrale de la Major, un pavement «E» avait été

dessiné et publié dans l’ouvrage de Roustan en

1905. Il représentait un opus signinum à tapis de

fleurettes ou croisettes avec au centre une rosace

à cinq feuilles. Nous ignorons ce qu’il est devenu

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Opus signinum

de la rue

des Phocéens

Fouilles rue

des Phocéens.

Dépose de l’opus

signinum au XAIPE

©CL.M.MOLINER

L'opus délien très prisé dans

le monde grec à l’époque classique

et hellénistique est attesté

à Marseille dès le III

e

siècle

et représente le plus ancien

pavement antique de France.

©CL.M.MOLINER