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8

(2)

Ibidem

p. 12.

(3)

Ibidem

p. 13

NOTES

Bibliographie

Brun (Auguste)

Les origines de la Pastorale marseillaise

Bulletin de l’Institut historique de Provence,

Marseille, 1942.

Clamon (J.), Pansier (P.), Ramette (G. J.),

Les Noëls provençaux

Avignon, Aubanel 1981

Klotz (Roger)

Le théâtre marseillais et ses comédiens de 1815 à 1929

Thèse de 3

e

Cycle,

Aix-en-Provence, 1977

Un théâtre populaire à Marseille : la pastorale

Revue d’histoire du théâtre

Paris, 1982.

Une tradition est ici en train de naître, qui doit

aboutir à la populaire Marche des rois que Bizet

orchestrera pour

L’Arlésienne

. Enfin, le ton des

Noëls est le même que celui de la Pastorale ;

Auguste Brun peut dire :

«Le mérite de Saboly,

c’est d’avoir créé ou fixé une manière, ce qu’on pour-

rait appeler l’atmosphère des noëls, mélange de piété

et de malice, alternance de dévotion à Marie et de

propos satiriques et bourrus, de moqueries et de

sensibilité, avec une bonne humeur qui unifie le

tout»

(

2)

.

On trouve donc dans les Noëls, comme plus tard

dans les Pastorales, des attitudes goguenardes et

attendries, un certain humour parfois réaliste ;

cette attitude goguenarde se rencontre ainsi dans

Reviho-te, Nanan où l’on voit deux Juifs dont l’un

veut aller adorer Jésus :

Crèi-me, parten, Nanan !

per veire Noste Segne

- Que te tèn ? lou pourtau es dubert !

(p. 84)

Il ne faut pas oublier que Saboly, né à Monteux

au XVII

e

siècle, était maître de chapelle à Avi-

gnon ; il a donc côtoyé les carrières des juifs du

pape et a pu écrire des Noëls de conversion. Ce

thème n’apparaîtra pas en soi dans la pastorale :

il répond à une préoccupation comtadine du

XVII

e

siècle que le théâtre marseillais du XIX

e

siè-

cle n’a pas à connaître. Cette attitude goguenarde

de refus peut cependant se retrouver dans la Pas-

torale. On peut ensuite voir s’ébaucher dans les

Noëls les personnages de la Pastorale : Auguste

Brun estime que l’idée du Boumian peut provenir

d’un Noël attribué à Louis Puech d’Aix, Nautre

sian tres boumian. Il y a des allusions au Diable

que l’on retrouvera dans La Pastorale Audibert :

Ai rescountra lou diable,

L’ai proun bèn couneigu

(p. 53)

Certes, La Pastorale Audibert s’inspire en fait de

la Pastorale Maurel ; on peut penser cependant

que l’ombre du diable se trouvait déjà en germe

dans cette dernière. Enfin, il y a dans les Noëls

des anachronismes, comme dans la Pastorale :

nous avons déjà vu les bergers provençaux à côté

des personnages des Evangiles, Bethléem se situe

en Provence, les Juifs que l’on veut convertir sont

ceux du Comtat ou d’Avignon ; un Noël de Sabo-

ly est un éloge du vice-légat. Auguste Brun peut

donc dire :

«Les Noëls, et aussi les Pastorales, com-

portent une description de la vie provençale qui

s’entremêle ingénieusement à la commémoration de

l’événement sacré»

(

3)

.

Les chants de

Noël

comportent donc bien des élé-

ments que l’on retrouvera dans la Pastorale. Il

faut cependant souligner que l’on ne passe pas

directement des Noëls aux pastorales. L’entre-

mise s’est faite par les crèches. La crèche familiale

a énormément influencé la PastoraleMaurel. Née

à Marseille au début du XIX

e

siècle, elle doit son

développement à l’industrie aubagnaise des san-

tons d’argile ; son décor est un village perché sur

son rocher et dont le peuple descend vers la crè-

che ; chacun est reconnaissable par un attribut

ou par le présent qu’il porte ; on peut ainsi recon-

naître le tambourinaire, la fileuse, le rétameur, le

maire, le meunier. A mesure que l’industrie des

santons se développe, les santonniers créent de

nouveaux personnages ; mais l’invention est tou-

jours dirigée par les Noëls. Avec les crèches

privées se créent aussi des crèches parlantes.

Auguste Brun rapporte que l’abbé Jullien, avec

qui Maurel collabora, eut l’idée de porter à la

scène ces crèches parlantes.

La source principale de la Pastorale est donc la

foi populaire. Cette foi s’est d’abord exprimée par

des chants populaires. La Pastorale, qui apparaît

à Marseille, au moment où se développe le théâ-

tre de langue française, trouve dans ces Noëls des

racines peut-être parce qu’on y a vu le rêve d’un

passé révolu, celui d’une époque où le Provençal

n’était pas contesté par le Français. Robert Lafont

a pumontrer, en octobre 1985, au colloque Gelu,

que ce phénomène existait aujourd’hui à propos

des chansons sur le Cabanon. C’est peut-être cet-

te idée du «Paradis perdu» qui a permis à la Pas-

torale de reprendre les thèmes véhiculés par les

Noëls et de leur donner une certaine pérennité.

Delmontetintde1880

à aux années 1930

le rôle de Grassetto

©MUSÉEDUTERROIRMARSEILLAIS

Blondel dans

le rôle du Maire

©COLL.