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Petit de Juleville avait soute-

nu l’idée que la Pastorale déri-

vait des mystères du Moyen-

Âge ; la filiation est rendue

vraisemblable par des analo-

gies de technique : mélange

de tragique et de comique,

succession de scène édifiantes

et de scènes familières, ana-

chronismes, alternances de

dialogues et de chants ; les ac-

teurs sont des volontaires des

oeuvres paroissiales. Ainsi, la

Pastorale aurait des racines

profondes dans la tradition

littéraire française. En fait,

Auguste Brun a pu montrer

que la Pastorale est sans rap-

port avec les mystères du

Moyen Âge, qu’il y a eu rup-

ture entre les deux genres :

c’est donc que la Pastorale ne

trouve pas ses racines dans le

théâtre médiéval.

Auguste Brun a pu voir dans

les Noëls provençaux l’ori-

gine littéraire de la Pastorale.

D’abord parce qu’ils sont une

des manifestations les plus

anciennes de la foi populaire

provençale. Auguste Brundit :

«Chanter des Noëls, c’est expri-

mer la communion des fidèles,

et aussi affirmer la communau-

té d’âmes des Provençaux»

(

1)

.

On peut constater ensuite

que les Noëls du XIX

e

siècle

représentent près de 42% de

la production recensée par

Clamon, Pansier et Ramette.

Au moment où Maurel écrit

sa Pastorale, la tradition est

donc bien vivante. Auguste

Brun peut donc montrer que

les thèmes des Noëls sont les

mêmes que ceux de la Pasto-

rale.

C’est d’abord l’annonce

des anges aux bergers :

Anuech un ange a fa la crido

Que lou fils de Diéu èro na

Eila de dins uno bastido

En un estable tout trauca.

(p. 84)

Bergié, qu’abitas dins la plana,

Abandounas vostei cabano.

(p. 88)

C’est ensuite le départ

vers l’étable :

Anen dounc leu

Ver l’estable courrèn...

(p. 37)

On voit apparaître

les divers sentiments :

La troupe fidèlo

A pres grand plesi

D’ausi la nouvello

Que l’ange li a di.

(p. 51)

On assiste parfois à des réveils

difficiles accompagnés

d’un peu d’incrédulité :

Lei pastre dessus la paio

Dourmien courre de sautas ;

Qaund an ausi loubrut dei sounaio

An cresegu qu’éro lou souriras.

(p. 49)

On assiste aux rebuffades

de l’hôte à recevoir Joseph

et Marie :

Sans Jouse - Voudrias loupa dins

vaste oustau Iéu soulamen erré

me ferra ?

L’Oste - Vautre sias de trouble-

repau...

(p. 29)

On voit apparaître les rois

Mages et le roi Hérode :

Lei Mage di Jérusalèn

An demandas à proun de gènt

Dounas-nous de nouvello

D’un rèi qu’es na, li a pas long-tèm

Avèn vist soun estello.

Lou rei Érodes agrand pôu,

Et touto la vilo s esmôu De veire

de gént sage

Que cercon un Rèi dei Jusiou

Qu’es nat au vesinage.

(p. 35)

LES THÈMES ÉTERNELS

Les chants de Noël

occupent une place

de choix dans la

littérature provençale.

J. Clamon, P. Pansier

et G. Ramette en ont

recensé près de 250

entre la fin du XVI

e

siècle et la fin du XIX

e

siècle. Lorsque Maurel

écrit sa Pastorale en

1842, le chant de Noël

est donc en Provence

une tradition bien

ancrée.

7

(1)

Les origines de la pastorale marseillaise

(p. 11-12)

NOTES

LA PASTORALE MARSEILLAISE

LES NOËLS PROVENÇAUX AUX SOURCES DE

Chavet, dans le rôle

de Barthoumieou

©COLL.ECHINARD

La Pastorale

du coiffeur Piche

par la troupe

des Chartreux

1890

©COLL.ECHINARD

Par Roger Klotz