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Avec les écrits de Gelu, nous

n’avons pas affaire à une cité

phocéenne reconstituée a

posteriori. Les chansons de

Victor Gelu sont simplement

des media prêtés à la parole

populaire qui s’exprime à

chaud sur la vie de la cité, en-

tre la fin du 1

er

Empire et la

Révolution de 1848. L’avertis-

sement de la première édition

(1840) des Chansons montre

l’écrivainmarseillais dans cet-

te position d’observateur qui

lui permet d’être porte-parole

de la plèbe marseillaise :

«Il

faut s’asseoir au besoin sur la

borne pour décrire le carrefour.

Comme je m’y étais assis, moi,

bien souvent et de longues heu-

res durant mon enfance, je n’ai

eu qu’à évoquer les souvenirs

pour voir poser devant moi le

Crocheteur, le Manouvrier, le

Plongeur, le Lazzarone de Rive-

Neuve, le Garçon boulanger, le

Savetier, et autres individus de

la même espèce.»

Un peu de chronologie afin

de comprendre l’œuvre

de Victor Gelu et sa place

originale dans la littérature

provençale

Si un écrivain est toujours le

produit d’un temps, d’une

époque, d’une société, pour

Victor Gelu, c’est encore plus

vrai, car il exprime dans ses

Chansons, quasiment au jour

le jour, les sentiments de la

plèbe marseillaise, devant les

événements survenus dans la

ville. Pour éclairer sonœuvre,

un certain nombre de dates

sont capitales. Elles permet-

tent de considérer l’impor-

tance des Chansons dans la

littérature provençale et de

comprendre les faits qui in-

téressaient le lecteur, contem-

porain de Gelu. Le Maître du

provençal marseillais naquit

en 1806 et mourut en 1885.

Mais il ne faut pas se laisser

abuser par la date de son

décès. En effet, sa mort lit-

téraire fut bien antérieure. Il

n’écrit plus rien (en dehors de

deux pages de traduction du

Don Quichotte) après

Lei No-

vi Rouvenen

(6 janvier 1866).

Si l’on regarde la dernière

œuvre publiée de son vivant

(édition de 1856), on trouve

Veouzo Mègi

, datée de 1855.

Pour ce qui est de

Nouvè

Grané

, il ne paraîtra qu’après

sa mort, en 1886, quant à ses

Notes biographiques

et sa cor-

respondance, elles ne sont

que partiellement ou pas

transcrites. Pour le public qui

lui est contemporain, la veine

de Victor Gelu est donc tarie

dès 1855.

De là découlent deux faits es-

sentiels : d’abord le Marseille

dépeint est celui de 1815 à

1855, ensuite, 1855, c’est

quatre ans avant la parution

du

Mirèio

de Frédéric Mistral.

Ainsi, un écart d’une généra-

tion existe entre le Maître de

Marseille (né en 1806) et le

Maître de Maillane (né en

1830).

LES THÈMES ÉTERNELS

Verba volant,

scripta manent.

Les paroles

s’envolent, les écrits

restent. Mais, avec

les chansons

de Victor Gelu,

ce sont toutes

les paroles d’un

moment de Marseille

qui nous reviennent.

9

VICTOR GELU

L’ACTUALITÉ DE

Dessin du haut-relief

en bronze de Clastrié,

qui ornait la fontaine

de la Place Neuve,

disparue en 1943

Caricature de Victor Gelu

par Pradet dans

l’Oursin

,

journal satirique

©ARCHIVESMUNICIPALESDEMARSEILLE44 II14

Par Odile Delmas et Jean Dionis