Vous êtes ici

Le marégraphe de Marseille au carrefour du patrimoine et de la modernité

20 juillet 2015


L'histoire du marégraphe de Marseille prend sa source à Berlin en 1864. Les instances européennes de l'époque décident, dans un souci de fiabilité, que le calcul des altitudes se ferait désormais - pour chaque pays - à partir d'un point zéro clairement établi. La France choisit Marseille et la Méditerranée en raison de la faible am­plitude des marées.
Ce n'est pourtant que vingt ans plus tard (1884) que le marégraphe de Marseille est construit pour abriter ce repère fondamental.

Le point zéro...

Et c'est seulement après douze années d'observation des marées (1885 à 1896) que le rivet de bronze et platine iridié symbolisant le point zéro est enfin scellé dans le promontoire rocheux qui supporte le marégraphe. Désormais, ce point zéro servira d'étalon pour le calcul de tous les nivellements (altitudes) français.
Situé anse Calvo, sur la promenade de la corniche,  le bâtiment est classé monument historique depuis 2002. Méconnu des Marseillais, il est fermé au public et ne se visite qu'à de très rares exceptions. Le terme "marégraphe" désigne, à la fois, l'appareil de mesure des marées et le bâtiment qui l'abrite.

Le marégraphe, un "vieillard" toujours alerte...

C'est Franck Vergne, technicien à l'IGN (Institut géographique national) qui nous sert de guide. Une fois par semaine, il quitte ses ­­bureaux d'Aix-en-Provence et se rend à Marseille pour remonter le mécanisme du marégraphe et vérifier la bonne marche de l'ensemble du bâtiment. Passée la grille métallique, on se retrouve devant la bâtisse qui a servi de logement de gardien jusqu'en 1988 (désormais le bâtiment est sous surveillance électronique). Par un magnifique escalier en fonte, on descend jusqu'au niveau inférieur (en forme de chapelle) qui abrite le marégraphe originel. L'appareil, vieux de 125 ans (construit près de Hambourg en 1885), a été soigneusement restauré et se porte comme un jeune homme. C'est une pièce d'horlogerie d'une extrême précision composée d'innombrables pièces mécaniques de cuivre enfermées dans une sorte de caisson protecteur de verre et de bois.
Relié à l'appareil, un câble plonge à l'intérieur d'un puits. Au bout du câble, un flotteur de 90 cm de diamètre, posé sur l'eau. " L'eau arrive à cet endroit par une galerie sous-marine creusée dans la roche, précise Franck Vergne. Cette galerie permet de supprimer tout mouvement de houle qui fausserait les mesures. Les mouvements verticaux de l'eau sont transmis par le flotteur au marégraphe et entraînent les pignons de cuivre. A leur tour, les pignons commandent une pointe de diamant qui va effectuer un tracé (le marégramme) sur un rouleau de papier. "

11 centimètres en un siècle !

Menacés par les outrages du temps, 1 200 marégrammes ont été récemment numérisés pour que les données récoltées au fil du temps puissent continuer à être exploitées. En effet, les séries temporelles de longue durée permettent notamment d'anticiper des mesures pour la protection du littoral et de plus en plus pour  l'évolution du climat. Ainsi, les observations menées au marégraphe de Marseille ont permis de constater une élévation du niveau moyen de la Méditerranée (à cet endroit) de 11 cm au cours du 20e siècle. Le marégraphe de Marseille et celui de Brest sont parmi ceux qui fournissent les plus longues séries temporelles au monde.

Le passage au numérique ­­

En France, on trouve une trentaine de marégraphes côtiers chargés d'observer les marées (dont 6 dans les TOM) Depuis quelques années, le ­RONIM  (Réseau d'Observation du Niveau de la Mer) qui les gère, a entrepris de remplacer les anciens marégraphes mécaniques par des appareils numériques dernier cri, capables de fournir des données toutes les dix minutes.
Le fonctionnement de ces nouveaux marégraphes côtiers numériques (MCN) diffère des anciens marégraphes. Plus de flotteur comme auparavant, mais une onde radar émise au dessus du plan d'eau et réfléchie par ce dernier jusqu'au marégraphe.
A Marseille, le passage au marégraphe numérique s'est effectué en juillet 1998
sous la conduite de l'IGN  qui gère le bâtiment. Un premier MCN à onde acoustique a été installé puis remplacé en 2009 par le modèle actuel à onde radar. L'ancien marégraphe de 1885 n'en a pas pour autant été mis à la retraite. Il continue d'être régulièrement entretenu et fait l'objet comme le marégraphe numérique d'un étalonnage annuel. Les mesures hebdomadaires de l'un (l'ancien) et de l'autre (le nouveau) sont mises en parallèle.

   
Un observatoire de données multiples­

Il est à noter que la Suisse qui, comme chacun sait n'a pas de littoral, utilise le point zéro du marégraphe de Marseille pour déterminer ses altitudes.

Depuis le 1er août 1998, le marégraphe de Marseille abrite également une station de navigation par  satellite qui alimente notamment le réseau GPS, en données.

L'observatoire de la cité phocéenne a encore, on le voit, de beaux jours devant lui.

 
 








 
     



­­

Accès rapides

Réseaux sociaux

 

Suivez nous sur Facebook !

 

  Live Tweet